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il plaidait la cause succomberaient sous le plus grand nombre ; tous. les jours repoussé, tous les jours sous les armes^ sans que la certitude d'être vaincu , le danger d'être lapidé , les clameurs , les outrages d'une populace effrénée l'eussent, jamais ébranlé ni lassé. Il souriait aux menaces du peuple ; il répondait par un mot plaisant ou énergique aux invectives des tribunes , et revenait à ses adversaires avec un sang -froid imperturbable. L'ordre de ses discours , faits presque tous à l'improviste, et durant des heures entières, l'enchaînement de ses idées , la clarté de ses raisonnements , le choix et l'affluence de son expression , juste , correcte , harmonieuse , et toujours animée sans aucune hésitation , rendaient comme impossible de se persuader que son éloquence ne fut pas étudiée et préméditée, et cependant la. promptitude avec laquelle il s'élançait à la tribune et saisissait l'occasion dé parler , forçait de croire qu'il parlait d'abondance.
J'ai moi-même plus d'une fois été témoin qu'il dictait de mémoire le lendemain ce, qu'il avait prononcé la veille , eiii se plaignant que dans ses. souvenirs sa vigueur était affaiblie et sa chaleur éteinte. (( Il n'y a, disait-il , que le feu et la verve de la tribune qui puissent nous rendre éloquents. » Ge phénomène, dont on a vu si peu d'exemples , n'est explicable que par la prodigieuse capacité d'une mémoire à laquelle rien n'échappait , et par des études immenses ; il est vrai qu'à ce magasin
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de oonnaîssaiioea et d'idées que Cicéron a regardé comme l'arsenal de l'orateur , Maui^ ajoutait l'ha^ bitude et la très- grande £similiarité de la langue oratoire; avantage inappréciable que la chaire lui avait donné.
Quant à la fermeté de son courage , elle aivaît pour principe le mépris de la iport et cet abandon de la vie y sans lequel , disait-il , une nation ne peut avoir de bons représentants, non plus que de bons militaires.
Tel s'était montré l'homme qui a été constant ment mon ami, qui l'est encore et le sera toujours,' sans que les révolutions de sa fortune et de la mienne apportent aucune altération dans cette mutuelle et solide amitié.
Le moment où , peut-être pour la dernière fois, nous embrassant , nousr nous dîmes adieu , eut quelque chose d'une tristesse religieuse et mélancolique. « Mon ami, me dit-il, en défendant la bonne cause, j'ai fait ce que j'ai pu ; j'ai épuisé mes forces, non pas pour réussir dans une assemblée où j'étais inutilement écouté, mais pour jeter de profondes idées de justice et de vérité dans les esprits de la nation et de l'Europe entière. J'ai eu même l'am* bitioB d'être entendu de la postérité. Ce n'est pas sans un déchirement de cœur que je m'éloigne de ma patrie et de mes amis, mais j'emporte la ferme espérance que la puissance révolutionnaire sera*
détruite. »
J'admirai cette iii£sitigable persévérance de mon