‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 16 sur 165 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

baisser pour ti^avalller aux d^ues. — Ah ! les digues ! ce sont , dit-il , les prétendus philosophes qui les renversent ; et ils né tendent pas à moins qu'à détruire la religion. — Qu'on lui laisse son caractère, à cette religion charitable , bienfaisante et paisible, j'ose assurer, lui répliquai-je, que l'incrédule même n'osera l'attaquer, et que l'impie se taira devant elle. Ce ne sont ni ses dogmes purs, ni sa morale , ni même ses mystères, qui lui suscitent des ennemis. Ce sont les opinions violentes et fanatiques dont Une théologie atrabilaire a mêlé sa doctrine , c'est là ce qui soulève une foule de bons esprits. Qu'on la dégage de ce mélange , qu'on l'épure, qu'on la ramène à sa sainteté primitive ; alors ceux qui l'attaqueront seront les ennemis publics des malheureux qu'elle console, des opprimés qu'elle relève, et des faibles qu'elle soutient. »

« Vous avez beau dire , reprit l'évêque , sa doctrine est constante , l'édifice en est cimenté , et lious ne souffrirons jamais qu'utie seule pierre en soit détachée. » Je lui fis observer « que l'art d?s mines était porté fort loin ; qu'avec un peu de poudre on renversait de fond en comble des tours bien hautes, bien solides , et que l'on brisait même les rochers les plus durs. Me préserve le ciel, ajoutai^je, de souhaiter que ce présage s'accomplisse : j'aime sincèrement , je révère du fond du cœur cette religion consolante ; mais , si jamais, elle meurt parmi nous , le fanatisme théologique

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en sera seul la cause ; ce sera lui qui^ de sa maiii^ lui aura porté le coup mortel. »

Alors s'éloignant un peu de moi, et parlant à voix basse à Févêque de Noyon , je crus entendre qu'il lui disait: Cela durera plus que nous. Il se trompait. Ensuite , revenant vers moi : « Si vous aimez la religion , insista-t*il , pourquoi vous joignezvous à ceux qui méditent de la détruire ? — Je ne me joins, lui répondis-je, qu'à ceux qui l'aiment comme moi,. et qui désirent qu'elle se montre telle qu'elle est venue du Ciel, pure, sans mélange et sans tache, sicut aurora consurgens , pulchra uS lunay electa ut soi. — Il ajouta en souriant, terribi^ Us ut castrorum acies ordinata.-^ Oui ^ répliquai-je^ terrible aux méchants , aux fanatiques, aux impies > mais terrible dans l'avenir avec les armes qui lu^ sont propres, et qui ne sont ni le fer ni le feu. » Telle fut à peu près notre première conversation.

Une autre fois^ comme il en revenait sans cesse à dire que les philosophes se donnaient trop de libertés : a II est vrai , monseigneur, lui dis-je, que parfois ils s'avisent d'être vos suppléants dans des fonctions assez belles ; mais ce n'est qu'autant que vous-mêmes vous ne daignez pas les remplir. — Quelles fonctions , demanda-tr41 ? — Celles de prêcher sur les toits des vérités qu'on dit trop rarement aux souverains, à leurs ministres , aux flatteurs qui les environnent. Depuis l'exil deFénélon, ou, si vous voulez, depuis ce petit cours de morale touchante que Massillon fit faire à Louis XY

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