LIVRE VIIK
enfant, leçons prématurées et par-là inutiles, les vices, les crimes publies ont-ils trouvé dans le sacerdoce un seul agresseur courageux ? En chaire , on ose bien tancer de petites faiblesses et des fragilités communes ; mais les passions désastreuses j les idéaux politiques, en un mot, les sources morales des malheurs de l'humanité, qui ose les attaquer ? qui ose demander compte à l'orgueil, à l'ambition, à la Vaine gloire , au faux zèle, à la fureur de dominer et d'envahir, qui ose leur demander compte devant Dieu et devant les hommes, des larmes et du sang de leurs innombrables victimes ?» Alors, je supposai un Chrysostome en chaire; et, «n exposant les sujets qui invoqueraient son élo- <]uence, je fus peut-être moi-même éloquent dans ise moment-là.
Quoi qu'il en soit, mes deux prélats, après m'avoir tâté le pouls deux ou trois fois , trouvèrent mon mal incurable; et, lorsqu'un jour en leur montrant sur ma table le manuscrit des Incas, je leur dis : « Voilà un ouvrage qui réduira vos docteurs à l'alternative de brûler l'Évangile ou de respecter dans Las-Casas, cet apôtre des Indes, les mêmes sentiments et la même doctrine qu'ils condamnent dans Bélisaire , » ils virent qu'il n'y avait plus rien à espérer de moi; ainsi leur zèle découragé, ou plutôt leur curiosité satisÊtite, me laissa disposer d'un temps que nous perdions ensemble, eux à vouloir faire de moi un philosophe théologien , et moi à vouloir faire d^eux des théologiens philosophes.
/p MÉMOIRES.
Le trataîl que demandait encore mon livre des Incas fut interrompu quelque temps , pour faite piàœ à celiii d'un mémoire où j'ai plaklé la cause des paysans du Nord, et qui est imprimé dans la collection de mes œuvres.
Je venais de lire dans les gazettes qu'à la société économique de Pétersbourg un anonyme proposait un prix de mille ducats pour le meilleur ouvrage sur cette question : Est-il avantageux pour un État que le paysan possède en propre du terrain y ou qu'il ait seulement des biens^meubles ? et jusqu'où k droit du paysan sur cette propriété devraitHl ié^ tendre pour tai^antage de VÉtat ?
ie ne doutai pas que l'anonyme ne fût l'impératrice de Russie elle-même; et, puisque sur ce grand objet elle voulait que la vérité fût connue dans ses États , je résolus de la montrer tout entière. L'un des ministres de Russie , M. de Saldern, était venu prendre les eaux d'Aix-la-Chsqstelle. Je le voyais sourent, et il me parlait des affaires du Nord avec autant d'ouverture de cœur qu'il est permis à un liiini&tre sage. Ce fut par lui que mon mémoire parvint à sa destination, il n'obtint pas le prix, et je l'avais prévu ; ums il fit son impression , et j'en reçus des témoignages.
Ainsi mes henreis solitaires étaient remplies et utilement oectipées. Mais lin objet non moins intéressant poiiir moi que mon travail , et , à vrai dire, phi& attrayant encore , c'était la conversation de mes troîâ femlnes, toutes les trois de caractères différents, mais si analogues que leurs couleurs se