‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 19 sur 165 · LIVRE VJU · texte numérisé non relu

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lait pour cela que les soins et les complaisances d'une bonne et tendre amitié, vous pourriez les attendre du cœur d'un honnête homme qui vous saurait gré toute la vie de ne l'avoir point rebuté. ConsuItéz-vous , et répondez-moi ; vous étés parfaitement libre. »

Adélaïde était si malheureuse ; elle voyait dans cet hounéte homme un désir si sincère de lui procurer un sort plus doux, qu'elle espéra se donner le courage de l'accepter. « Monsieur , lui dit-elle , ce 'que je viens d'entendre, le caractère de bonté, de probité que ce langage annonce, me prévient en votre faveur de l'estime la plus sincère. Donnezmoi vingt-quatre heures :pour faire mes réflexions, et venez me revoir demain. »

Il ne fallut pas moins que les conseils les plus pressants de la raison et du malheur pour la déterminer; mais enfin l'estime que M. de Séran lui avait inspirée triompha de tous ses dégoûts. «Monsieur, lui dit-elle en le revoyant, je suis persuadée que la laideur, ainsi que la beauté, s'oublie, et que les seules qualités dont l'habitude n'affaiblit point l'impression , et dont tous les jours, au contr£ure , elle fait mieux sentir le prix, ce sont les qualités de l'ame ; je les trouve. en vous, c'est assez; et je me fie à votre honnêteté du sqin de mon bonheur. Je désire faire le vôtre. »

Ainsi se maria mademoiselle de. Bulioud, ayant ses ^inzé ans accomplis ; et M. de Séran fut pour elle tout ce qu'il avait promis d'être. Je ne

dis pas que cette union eût les charmes de rameur ; mais elle avait les douceurs de la paix, deramitié, de la plus tendre estime. Le mari , sans inquié-* tude , voyait sa femme environnée d'adorateurs ; et la femme , par sa conduite raisonnable et dé^ cente, honorait aux yeux du public la confiance de son mari.

Cependant, comme il était impossible de la voir , de l'entendre , surtout de la connaître , sans désirer pour elle un meilleur sort , ses amis s'occupèrent du soin de sa fortune ; et , au mariage du duc de Chartres , ils songèrent à la placer honorablement auprès de la jeune princesse ; mais pour cela il ne suffisait pas d'une noblesse ancienne et pure , il fallait, encore être du nombre des femmes présentées au roi ; telle était l'étiquette de la cour d'Orléans. Cet honneur était réservé à quatre cents ans de noblesse, et à ce titre elle avait le droit d'y prétendre; il lui fiit accordé. Mais le roi, après avoir écouté plus attentivement l'éloge de sa beauté que les témoignages sur sa noblesse, mit pour condition à son consentement , qu'après sa présentation elle irait l'en remercier ; article secret pour M. de Séran, et auquel sa femme elle-même ne s'était pas attendue ; car , de bien bonne foi , elle n'aspirait qu'à la place qui lui était promise dans la cour du duc d'Orléans ; et , lorsqu'au rendez*vous que lui donna le roi dans ses petits cabinets il fallut aller seule le remercier téte-à-tête , j'ai su qu'elle en était tremblante. Cependant elle s'y ren-

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