LIVRE YIIl
dit; j'arrivai chez inadame Filleul comme on y att^ndait son retour. Ce fut là que j'appris ce que je viens de raconter ; et je vis bien que pour ses amis la place à la coup d'Qrléans p'avait été qu'un spécieux prétexte, et que le rendez- vous actuel était leur objet important.
J'eus le plaisir de voir les châteaux en Espagne de l'ambition s'élever ; U jeune comtesse toutes puissante, le roi. et la cour à ses pieds, tous ses amis comblés de grâces , de faveurs ; moi-nâême honoré de la confiance de la maîtresse , et par elle inspirant et faisant faire au roi tout le bien qu^ j'aurais voulu; il n'y avait rien de^i beau. On attendait la jeune souveraine, on comptait les minutes , on mourait d'impatience de la voir arriver ; et cependant on était bien aise qu'elle n'arrivât point encore.
Elte arrive enfin , et nous raconte son voyage. Un garçon de la chambre l'attendait à la grille de la chapelle ; il était nuit close ; elle était montée par un escalier dérobé dans les petits appartements. Le roi ne s'était pas fait attendre. Il l'avait abordée d'un air aimable, lui av£(it pris les mains, les lui avait baisées respectueusement, et, la voyant craintive , il l'avait rassurée par de douces paroles et un regard plein de bonté. Ensuite il l'avait fait asseoir vis-à-vis de lui , l'avait félicitée sur le &uccès de s^ présentation , en li|i disant que rien de si beau n'avait paru da^s sa cpur , et que tout le monde en était d'accord. «Il es^V doAC bien vrai, Sire, lyi
ai-je répondu, nous dit-elle ^ que le bonheur nous embellit, et, si cela est, je dois être encore plps belle dans ce moment. — Aussi l'êtes-vous, m'a* t-il dit en me prenant les mains et en les serrant doucement dans les siennes qui étaient tremblantes. Après un moment de silence où ses regards seuls me parlaient, il m'a demandé quelle serait la place que j'ambitionnerais à sa cour. Je lui ai répondu : La place de la princesse d'Aimagnac (c'était une vieille amie du roi qui venait de mourir). — Ah ! vous êtes bien jeune, m'a-t-il dit, pour remplacer une amie qui m'a vu naître, qui 'm'a tenu sur ses genoux, et que j'ai chérie dès le berceau. Il faut du temps, madame, pour obtenir ma confiance : j'ai tant de fois été trompé! — Oh! je ne vous tromperai pas, lui ai-je dit; et, pour mériter le beau titre de votre amie , s'il ne faut que du temps. J'en ai à vous donner. — Ce langage, avec mes vingt ans , Fa surpris , mais ne lui a pas déplu. £n changeant dé propos , il m'a demandé si je trouvais ses petits appartements meublés d'assez bon goût.— Non, lui ai-je dit, je les voudrais en bleu. • — Comme le bleu est sa couleur, cette réponse l'a flatté. J'ai ajouté qu'à cela près je les trouvais charmants. — Si vous vous y plaisez, m'a-t-il dit , j'espère que vous voudrez bien y venir quelquefois, par exemple, tous les dimanches, à la même heure qu'aujourd'hui. —Je l'ai assuré que je saisirais tous les moments de lui faire ma cour. Sur quoi il m'a quittée pour aller souper avec ses en-