‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 21 sur 165 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

fants. Il m'a donné rendez-vous à la huitaine , à la même heure. Je vous annonce donc à tous que je serai Tamie du roi, et que je ne serai rien de plus. »

Gomme cette résolution était non-seulement dans sa tcte, mais dans son cœur, elle y tint, et j'en eus la preuve. Au second rendez-vous, elle trouva le salon meublé en bleu comme elle l'avait désiré, attention assez délicate. Elle s'y rendait tous les dimandies, et par Janel, l'intendant des postes, elle recevait fréquemment, dans l'intervalle des rendez- vous, des lettres de la main du roi; mais, dans ces lettres que j'ai vues, il ne sortait jamais des bornes d'une galanterie respectueuse , et les réponses qu'elle y faisait , pleines d'esprit, de grâce et de délicatesse, flattaient son amour-propre sans jamais flatter son amour. Ma* dame de Séran avait infinimeni: de cet esprit naturel et facile , dont l'agrément naïf et simple enchante ceux qui en ont le plus, et plait à ceux qui en ont le moins. La vanité du roi, difficile à apprivoiser, avait été bientôt k son aise avec elle. Dès leur second rendez-vous , les moments qui précédaient le souper du roi au grand couvert lui avaient paru si courts, qu'il la pria de vouloir bien l'attendre , et d'agréer qu'on lui servît à elle un petit souper, promettant d'abréger le sien autant qu'il lui serait possible, afin d'être avec elle quelques moments de plus. Comme il avait dans ses cabinets une petite bibliothèque, un soir elle lui

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demanda quelque livre agréable pour s'occuper en son absence ; et le roi lui en laissant le choix , elle eut pour moi Tattention et la bonté de nommer Bélisaire. «Je ne l'ai point, répondit le roi; c'est le seul de ses ouvrages que Marmontel ne m'ait point donné, — Choisissez donc vous-même^ sire , lui dit'Clle, un livre qui m'amuse ou qui m'intéresse. — J'espère, lui dit-il , que cehii-cî vous intéressera ; » et il lui donna un recueil de vers faits au sujet de sa convalescence. Ce fut pour elle y après le souper, un ample et riche fonds d'éloges d'autant plus flatteurs, que l'esprit y laissait parler le sentiment.

Si le roi avait été jeune et animé de ce feu qui donne de l'audace et qui la £ût pardonner , je n'au* rais pas juré que la jeune et sage comtesse eût toujours passé sans péril le pas glissant du téte-àtéte; mais un désir faible^ timide, mal assuré, tel qu'il était dans un homme vieilli par les plaisirs plus que par les années, avait besoin d'être encouragé, et un air de décence, dq réserve et de modestie n'était pas ce qu'il lui fallait. La jeune femme le sentait bien. «Aussi, nous disait-elle , il n'osera jamais être que mon ami , j'en suis sûre, et je m'en tiens là. »

Elle lui parla cependant un jour de ses maîtresses^ et lui demanda s'il avait jamais été véritablement amoureux. Il répondit qu'il l'avait été de madame de Châteauroux. — Et de madame de Pompadour ? — Non , dit-il , je n'ai jamais eu de l'amour pour

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