‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 26 sur 165 · LIVRE Vllf · texte numérisé non relu

LIVRE Vllf

sa peau et par tout son corps une gale qui d'ellemême séchait et tombait en poussière. C'était là son salut ; et, dti moment que cette écume du sang avait commencé à se répandre au-dehors, le médecin l'avait regardée comme rappelée à la vie; mais elle, à qui cette gale inspirait du dégoût, et qui en trouvait la guérison trop lente, voulut l'accélérer; et, prenant pour cela le temps de notre absence , elle s'était enduit tout le corps de céràt. Aussitôt la transpiration de cette humeur avait cessé, la gale était rentrée, et nous trquvâmes la malade' dans un état plus désespéré que jamais. Elle voulut retourner à Paris ; nous la ramenâmes à peine, et elle ne fit plus que languir.

Pour la laisser reposer en chemin, nous venions à petites jourttéesi A Liège , où nous avions couché, je vis entrer chez moi, le matin, un bourgeois d'assez* bonne mine , et qui me dit :. «t Monsieur, j'ai appris hier au soir que vous étiez ici; je vous àî de grandes obligations, je viens vous en remercier : mon nom est Bassompierre ; je suis imprimeur-libraire dans cette ville ; j'iin-» prime vos ouvrages, dont j'ai un grand débit dans toute l'Allemagne. J'ai' déjà fait quatre éditions Copieuses de vos Contes moraux ; je. suis à lâ troisième édition de Bélisaire. — Quoi ! monsieur, lui dis-je en l'interrompant, vous. me volez le fruit de mon travail , et vous venez vous en vanter à moi! — Bon, reprit-il, vos privilèges ne s'éte»-

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dent point jusqu ici : Liège est un pays de franchise. Nous avons droit d'imprimer tout ce qu'il jade bon; c'est là notre commerce/Qu'on ne vous vole point en France, où vous êtes privilégié, vous serez encore assez riche. Faites-moi donc la grâce de venir déjeûner chez moi ; vous verrez une des belles imprimeries de l'Europe , et vous serez content de la manière dont vos ouvrages y sont exécutés. » Pour voir cette exécution , je me rendis chez Bassompierre ; le déjeûqer qui m'y attendait était un ambigu de viandes froides et de poissons. Les Liégeois me firent fête > j'étais à table entre les deux demoiselles Bassompierre , qui , en me versant du vin du Rhin , me disaient: « M, Marr montel , qu'allez-vous faire à Paris , où Ton vous persécute ? Restez ici , logez chez mon papa ; nous avons une belle chambre à vous donner; nous aurons soin de vous ; vous composerez tout à votre aise , et ce que vous aurez écrit h veille sera imprimé le lendemain. » Je (us presque tenté d'accepter la proposition. Bassompierre , pour ipe dédommager de ses lar-i cins , me fit présent de la petite édition de Molière que vous lise:;^; elle Vf^^ coûte dix mille écus,

A Bruxelles , on me donna la curiosité de voir un riche cabinet de tableaux. L'amateur qui l'avait formé était, je crois, un chevalier Vérule, bomme mélancolique et vaporeux , qui , persuadé qu'un souffle d'air lui serait mortel, se tenait

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