LIVRE VIII
chai et de là œmtesse de Bouf&ers , Hume offrit à Rousseau de lui procurer en Angleterre une retraite libre et tranquille , et que Rousseau ayant
* accepté cette offre généreuse , ils furent sur le point de partir , Hume, qui voyait le baron d'Hol-
. bacb , lui apprit qu'il emmenait Rousseau dans sa patrie. « Monsieur, lui dit le baron , vous allez réchauffer une vipère dans votre sein; je vous en avertis , vous en sentirez la morsure. »
Le baron avait lui-même accueilli et choyé Rousseau ; sa maison était le rendez - vous de ce qu'on appelait alors les philosophes ; et , dans la pleine sécurité qu'inspire à des âmes honnêtes la sainteté inviolable de l'asile qui les rassemble , d'Holbach et ses amis avaient admis Rousseau dans leur commerce le plus intime. Or, on peut voir dans son Emile comment il les avait notés. Certes, quand l'étiquette d'athéisme qu'il avait attachée à leur société n'aurait été qu'une révélation , elle aurait été odieuse. Mais , à l'égard du plus grand nombre, c'était une délation calomnieuse , et il le savait bien ; il savait bien (jue le théisme de son vicaire avait ses prosélytes et ses zélateurs parmi eux. Le baron avait donc appris à ses dépens à le connaître ; mais le bon David Hume croyait voir plus de passion que de vérité dans l'avis que le baron lui donnait. Il ne laissa donc pas d'emmener Rousseau avec lui, et de lui rendre dans sa patrie tous les bons offices de Ta-
. initié. Il croyait , et il devait croire avoir rendu
lO MÉMOIRES.
heureux le plus sensible et le meilleur des ham** mes ; il s'en félicitait dans toutes les lettres qu'il écrivait au baron d'Holbach , et il ne cessait de combattre la mauvaise opinion que le baron avait de B.QUSseai|. Il lui faisait Téloge dé la h(mié , de la candeur ^ de l'ingénuité de son ami. « Il m'est pénible , l^i dis;|it'-il, de penser que vous soye^ injuste à^on égard. Croyez -ipoi, Rousseau n'est rien moins qu'np ipéchant l^mme» Plus je le vois, plus je Ye^tim^ et je l'aima. 9 Tous les courrier^ , les lettres de Hum^ à d'Holbacb répétaient les mém^ louanges 9 et ce^ui ^ cj , en nous les lisant , disait toujours : // ^e le connaît pa^s encore ; par tience^il le connaîtra. En effet, peu de temps après, il reçoit une lettre dans laquelle Hume débuta ainsi : f^ous aidiez bicfi raison , n^onfieur h baron ! Rousseau est un moBStrel Ahï now dit le baron , froidei^nf: et pans s'éjtQnnier ^ H le connaU enfin*
Commeni: un çhangepient si brusque et si sou-^ dain était^ii arrivé dans l'opinion de Tun et dans la conduite de l'autre ? Vous Ije verre? dans i'ex? posé des faits publiés par }es 4^u^ parties. Ici , ce que j'ai dû consigner ^ attester, c'est que, dans le temps même que Roussean accusait Hume de le tromper , de le trahir , de J^ déshonorer à Lon? dres , ce même Hu^e 9 plein de candeur , de zèle et d'amitié ponr lui , s'eifforçait de détruira à Paris les impressions fu|iestes qu'il y avait laissées , et de le rétablir dans l'estime et la bienveillance de