LIVRE IX
textai Tenvie d'être logé plus commodément. « Je suis bien fâchée , me dit-elle , de n'avoir rien de mieux à vous offrir ; mais j'espèfe qu'en ne logeant plus chez moi, vous n'en serez pas moins du nombre de mes amis, et des dîners qiii les rassemblent. » Après cette audience de congé, je fis mes diligences pour sortir de chez elle ; et un logement fait à souhait pour moi me fut offert par la comtcfsse de Séran , dans un hôtel que le roi lui avait donné. Ceci me fait reprendre le fil de son roman.
A son retour d'Aix-la-Chapelle , le roi l'avait reçue mieux que jamais , sans oser davantage. Cependant le mystèrede leurs rendez-vous etde leurs téte-à-tête n'avait pas échappé aux yeux vigilants de la cour; et le duc de Choiseul, résolu d'éloigner du roi toute femme qui ne lui serait pas affidée , s'était permis contre celle-ci quelques propos légers et moqueurs. Dès qu'elle en fut instruite, elle voulut lui imposer silence. Elle avait pour ami La Borde , banquier de la cour , dévoué au duc de Choiseul , auquel il devait sa fortune. Ce fut chez lui. et devant lui qu'elle eut une entrevue avec le ministre, a J'ai , monsieur le duc , lui dit-elle , une grâce à vous demander ; mais auparavant je veux vous engager à me rendre justice. Vous parlezde moi fort légèrement, je le sais; vous croyez que je suis du nombre des femmes qni aspirent à posséder le cœur du roi, et à prendre sur son esprit un crédit qui vous fait ombrage.
J'aurais pu me venger de vos propos ; j'aime mieux vous détromper. Le roi désirait de me voir; je ne me suis pas refusée à ce désir; nous avons eu des entretiensparticulierset une relation assidue. Vous savez tout cela; mais ce que vous ne savez pas, les lettres du roi vont vous l'apprendre. Lisez ; vous y verrez un excès de bonté ; mais autant de respect pour mol que de tendresse , et rien dont je doive rougir. J'aime le roi, ajoilta-t-elle,^ je l'aime comme un père ; je donnerais pour lui ma vie; mais tout roi qu'il est, il n'obtiendra jamais de moi que je le trompe , et que je m'avilisse . en lui accordant ce que mon cœur ne peut ni ne veut lui donner. »
Le duc de Choiseul , après avoir lu les lettres qu'elle lui avait remises, voulut se jeter à ses pieds. «Pardon, madame, lui dit-il, je suis coupable, je l'avoue, d'en avoir trop cru l'apparence. Le roi a bien raison: vous n'êtes que trop respectable. Maintenant, dites-moi ce que vous demandez, et à quoîr peut vous être bon le nouvel ami que vous venez de vous attacher pour la vie.
— Je suis, lui dit-elle, au moment de marier ma sœur à un militaire estimable. Ni mes parents ni moi ne sommes en état de lui faire une dot.
— Eh bien! madame, il faut, lui dit-il, que le roi prenne soin de doter mademoiselle votre sœur ; et je vais obtenir pour elle , sur le trésor royal, une ordonnance de deux cent mille livres. — Non , monsieur le duc, non ; nous ne voulons.