LIVRE IX
BÎ ma sœur ni moi , d'un argent que nous n'avons pas gagné et ne gagnerons point. Ce que nous demandons est une place que M. de la Barthe a méritée par ses services; et la seule faveur que nous sollicitons; c'est qu'il l'obtienne par préférence à d'autres militaires qui auraient le même droit que lui d'y prétendre et de l'obtenir. » Cette faveur lui fut aisément accordée ; mais tout ce que le roi put lui faire accepter pour elle-même, fut le don de ce petit hôtel où elle m'offrait un logement.
Comme j'allais m'y établir, je me vis obligé d'en préférer un autre, et voici par quel incident.
Mon ancienne amie, mademoiselle Clairon, ayant quitté le théâtre et pris une maison assez considérable à la descente du Pont-Royal , désirait de m'avoir chez elle. Elle me savait engagé avec madame de Séran ; mais comme elle la connaissait bonne et sensible , elle l'àlla trouver à ihon insu ; et, avec son éloquence théâtrale, elle lui raconta les indignités qu'elle avait essuyées de la part des gentilshommes de la chambre, et la brutale ingratitude dont le public avait payé ses services et ses. talents. Dans sa retraite solitaire , sa plus douce consolation aurait été d'avoir auprès d'elle son ancien ami. Elle avait un appartement commode à me louer; elle était bien sûre que je l'accepterais, si je n'étais pas engagé à occuper celui que madame la comtesse avait eu la bonté de m'offrir. Elle la suppliait d'être assez généreuse pour rompre ellemême cet engagement, et pour exiger de moi que
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j'allasse loger chez elle. « Vous êtes environnée , madame , lui dit-elle , de tous les genres de bonheur , et mot je n'ai* plus que celui que je puis trouver dans la société assidue et intime d'un ami véritable. Par pitié , ne m'en privez pas. »
Madame de Séran fut touchée de sa prière. Elle me. soupçonna d'y avoir donné mon consentement; je l'assurai que non. En effet , le logement qu'elle faisait accommoder pour moi et à ma bienséance m'aurait été plus agréable; j'y aurais été plus libre et à deux pas de l'Académie. Cette proximité seule aurait été pour moi d'un prix inestimable dans les mauvais temps de l'année , durant lesquels j'aurais le Pont-Royal à traverser si je logeais chez mademoiselle Clairon. Je n'eus donc pas de peine à persuader à madame de Séran qu'à tous égards c'était un sacrifice qui m'é tait demandé. « Eh bien ! dit-elle , il faut faire ce sacrifice; mademoiselle Clairon a sur vous des droits que je n'ai pas. »
J'allai donc loger chez mon ancienne amie; et, dès. les premiers jours, je m'aperçus qu'à l'exception d'une petite chambre sur le derrière, mon appartement était inhabitable pour un homme d'étude, à cause du bruit infernal des carrosses et des charrettes sur l'arcade du pont , qui était à mon oreille. C'est le passage le plus fréquent de la pierre et du bois qu'on amène à Paris. Ainsi , nuit et jour, sans relâche, le broiement des pavés d'une route escarpée sous les roues de ces char-