LIVRE IX
elle des société, oii\ par goût, je me serais plu davantage ,. et je fai^is |iotiyt. l'ainîtié ce q&e jbîe rarement, j'avais £ait. pqur r^anoun; ibais persoiine au inonde ne m'aimait autant que madsone deluP^f^; et, quand je m'étais dit : «Tout le reste du monde se pass*e de moi;3ans regret , »' je ne balançais plus à tout abandonner pour elle. Mes-$ociétés /philosophiques et littéraires étaient le^ swlés dont elle ne £ut pqint jalouse; par toute, aulre dissipation , je l'affligeais, et le reproche, nifen était d'autant plus sensible qu'il était piu^ discret ^ plus timide et plus doux, V • . î • M . >
Dans ce temps-là nies occupations se partageaient entre l'histoire et VEncfclopédi^ Je m'étitis fait un point d'honneur et de délicatesse dte remtphi^ digne» ment mes fonctions d'historiographe^; en rédigeant avec soin des mémoires pour les historiens à veilir. Je m'adre^ai aux; per$o.nn^es les plus^eonsidérables de ce temps-là pour tirer de Jkiirs ieabinets des instructions relatives au règne de Louis XV ^ par où je voulais coD;^mencer ; .et je fa^ moi-mém^ étonné de la cpnfiance. qu'ils me marquèrent.^ lie comte de Maillebois me livra tous lés papier^s de son père. et les siens; le marquis de Casfries m'ou* vrit son cabinet où étaient lés mémoires du mare* (^1 de Belle -Isle; le cpmte de Broglio m'initia dans les mystères de ses négociations secrètes ; le maréchal de Contades me traça de sd main le pla^ de sa. campagne et le désastre de Mihden^ J'avaris besoin des confidences du maréchal de Bichelieu^
lOO MEAtOIBES.
«kiais j'étais en disgrâce auprès <le lui, comme tous les gens de lettres dç l'Académie, Le hasard fit ma paix , et c'est encore une des circonstances où l'occasion, pour me servir, est venue au-devant de moi.
Une amie particulière du maréchal de Richelieu, se tgouvant avec moi dans une maison de campagne , me dit qu'il était bien étrange qu^m Richelieu et qu'un homme de l'importance de cefuî-ci essuyât des désagréments et des dégoûts à l'Académie française. « En effet, lui dis-je, madame , rien de plus étrange; mais qui en est la cause?» Elle me nomma d'Alembert, qui avait pris , disait-elle, le maréchal en aversion. Je répondis « que l'ennemi du maréchal à l'Académie n'était point d'Alembert , mais celui qui cherchait à l'aigrir contre d'Alembert et contre tous les gens de lettres. »
« Savez-vous, madame, ajoutai-je, quels sont les gens qui animent contre l'Académie celui qui est fait pour y être honoré et chéri ? Ce sont des académiciens qui n'y ont eux-mêmes aucune considération , et qui sont furieux contre elle. C'est l'avocat-général Séguier , le dénonciateur des gens de lettres au parlement; c'est Paulmi,ce sont quelques autres intrus qui, mécontents d'un corps où ils sont déplacés, voudraient, avec Séguier, notre . ennemi, former un parti redoutable. Voilà les gens qui tâchent d'aliéner de nous l'esprit du maréchal pour l'avoir à leur tête , et nous nuire par son crédit. Quelle gloire pour lui que de servir ces haines
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et ces petites vanités ! Vous voyez ce qui lui en arrive* Il obtient que le roi refuse d'approuver l'élection de deux hommes irréprochables. L'Aca* demie réclame contre ce refus ^ et le roi détrompé consent qu'aux deux premières places qui viendront à vaquer, ces mêmes hpmmes soient élus. C'est donc ce qu'on appelle un coup d'épée dans l'eau. Non, madame, le véritable parti d'un Riche* lieu à l'Académie, le seul digne de monsieur le inaréchal , c'est le parti des gens de lettres. »
Elle trouva que j'avais raison; et, quelques jours après , le maréchal étant venu dîner à la même campagne, son amie voulut qu il causât avec moi. Je lui répétai à peu près les mêmes choses, quoiqu'en termes plus doux; et, à l'égard de d'Alembert : « Monsieur le maréchal, lui dis^je, d'Alembert vous croit l'ennemi des gens de lettres , et l'ami de Séguier, leur dénonciateur; voilà pourquoi il ne vous aime pas ; mais d'Alembert est un bon homme , et jamais le sentimeat de lia haine n'a pris racine dans son cœur. Il a épousé l'Académie. Ai* mez sa femme comme vous en aimez tant d'autres , et venez la voir quelquefois; il vous en saura gré, efvous recevra bien, comme font tant d'autres maris. »
Le maréchal fut content de moi ; et , lorsqu'à la place de l'abbé Delille et de Suard , refusés par le roi , il fallut élire deux autres académiciens , je fus invité à dîner chez lui le jour de l'élection. A ce dîner ^ je trouvai Séguier, Paulnli y Bissy , l'évê-
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que do* Seuils. Leur parti n'était pas nombreux; et , quand il aurait eu quelques voix clandestines , le nôtre était formé et lié de façon à être sur de prévaloir. Je ne fis donc pas semblant de croire que nous fussions là pour parler d'élections académiques; et, comme à un dtner de joie et de plaisir , amenant dès la soupe les propos qui riaient le plus au maréchal , je le mis en train de causer de l'ancienne galanterie, des jolies femmes de son temps, des mœurs de la régence, que sais -je enfin? du théâtre, et surtout des actrices; si bien que le diluer, se passa sans qu^l y fût dit un seul mot de l'Académie. Ge ne fut qu'au «or tir de table que l'i^véqUe de Senlis, me tirant à l'écart, me demanda quel choix nous allions faire. Je répondis loyalement que je croyais tous les vœux réunis en faveur de Bréquigny et dé Beausée. Le maréchal, qui était venu nous joindre, se fit expliquer le mérite litté-raire de ces messieurs ; et, après m^avoir entendu: « £h bien 1 dit-il , voilà deux hommes estimables ; il /faut i^ous réunir pour eux* — -- Puisque telle est. votre intention , lui dis*je , monsieur le maréchal , voule&vous^pennettre que j'aille (en instruire l'Acadéjnie ? Ge sont des parole^ de paix qu'elle entendra avec plaisir, — AUes^, me dit-il , et prenez dans la oour l'un de mes carrosses; nous vous suivrons dç près.»
, (c ]\{on ami, dis-je à d'Àlembert, ils viennent se réunir à nous ; le«iaréchal vous fait les avances de bouQe grâce ; il £siut le recevoir de même. » En e£fet ,