‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 44 sur 165 · LIVRE: IX. koi · texte numérisé non relu

LIVRE: IX. koi

H fut bien reçu ; Félectîoii' fut unanime ; et, depuis ce^^ur-lÀ jusqu'à sa mort , il eut pour moi miUe bontés. Ainsi ses portefeuilles furent à ma dispo<sition.

' J'avais en même temps, pour les afiaires de la régence, le manuscrit original des Mémoires de Saint*Simon , que l'on m'avait permis de tirer du dépôt des affaires' étrangères , et dont je fis d'am*' pleslextraits ; mais ces extraits et le dépouillement des'dépécbes et des mémoires qui me venaient en foubç, auraient été bientôt aussi ennuyeux que &• ligants pour moi , si je n'avais pas eu, par inter*valle, quelque occupation littéraire moins pénible ' et plus de mon goût. L'entreprise d'un supplément de r Encyclopédie, en quatre volumes in-folio, me procura ce délassement. ^

'Il faut savoir qu'après la publication du < septième volume de FEncyclopécUe, la suite ayant été interrompue par un arrêt du parlement, on n'y avait travaillé qu'en silence et entre un petit nombre de coopérateurs dont je n'étais pas. Un laborieux compilateur, le chevalier de Jaucour^ s'était chargé de la partie littéraire^ et l'avait travaillée i sa manière y qui n'était pas la mienne. Lôrs donc qu^à force ^de constance et de sollicitations l'on obtint que la totalité de l'oavrage fût mise aa jour, et que le projet du supplément eut été formé, l'un des intéressés, Robinet, vint me voir, et* me- proposa de reprendre ma besogne où je l'avais laissée, a Vous n'avez , me dit -il , commencé qu'au troi-

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sîème volume ; vous avez cessé au septième ; tout le reste est d'une autre main. Pendent opéra inter^ rupta. Nous venons vous prier d'achever votre ouvrage. »

Comme j'étais occupé de l'histoire, je répondis «qu'il m'était impossible de m'engager dans un autre travail. Au moins, me dit -il, laissez -nous annoncer que dans ce supplément vous donne^ rez quelques articles. — Je le ferai, lui dis «je, si j'en ai ..le loisir; c'est tout ce que je puis promet-* tre. » Quelque temps après il revint à la charge, et avec lui le libraire Panckouke. Ils me dirent que , pour mettre en règle les comptes de leur entreprise, il leur fallait savoir quelle serait, pour les gens de lettres, la rétribution du travail, et qu'ils venaient savoir ce que je voulais pour le mien. « Que puis-je demander, leur dis-je, moi qui ne promets rien , qui ne m'engage à rien ? -— Vous ferez pour nous ce qu'il vous plaira , me dit Panckouke; promettez seulement de nous donner quel* ques articles, et qu'il nous soit permis d'insérer cette promesse dans notre prospectus; nous vous donnerons pour cela quatre mille livres et un exemplaire du supplément. » Us étaient bien si^rs que je me piquerais de répondre à leur confiance* J'y répondis si bien que, dans la suite, ils m'avouèrent^que j'avais passé leur attente. Mais reprenons le fil des événements de ma vie , que mille ac- «cidents variaient.

La mort du roi veaait de produire un change-

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ment considérable à la cour, dans le ministère, et singulièrement ilans la fortune de mes amis.

M. Bouret s'était ruiné à bâtir et à décorer pour le roi le pavillon de Croix -Fontaine; et le roi croyait l'en payer assez en l'honorant une fois l'année de sa présence d^ns un de ses rendezvous deichasse ; honneur qui coûtait cher encore au malheureux, obligé, ce jour-là, de donner à toute la chasse un dîner pour lequel rien n*étaît épargné.

J'avais gémi plus d'une fois de ses profusions ; mais le plus libéral, le plus imprévoyant des hommes avait, pour ses véritables amis, le défaut de ne jamais vouloir écouter leurs avis sur l'article de sa dépense. Cependant il avait achfevé d'épuiser ^on crédit en bâtissant sur les Champs-Elysées cinq ou six maisons à grands frais , lorsque le rm mourut sans avoir seulement pensé à le sauver de sa ruine, et cette mort le laissant noyé de dettes, sans ressource 6t sans espérance, il prit, je crois, la résolution dé se délivrer de la vie : on le trouva inort dans son lit. 11 fiit, pour son malheur , imprudent jusques à la folie ; il ne ' fut jamais malhonnête.

Madame de Séran fut plus sage. N'ayant plus à la mort du roi aucune perspective de faveur et de protection , ni pour elle , ni pour ses enfants , elle fit un emploi solide de l'unique bienfait qu'elle avait accepté ; et le nouveau directeur des bâtiments , le comte d'Angiviller, lui ayant pro-

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posé de céder, poUr lui , son hète^ a un prix convenable^^ elle y consentit. Ainsi nous fûmes délogés l'un et l'autre, en 1776', trois ans après qu'elle m'eut accordé cette heureuse hospi^lité.

.'L'avènement dn nouveau roi à la' couronne fut suivi^ de son sacre dans l'égKse de Reims.

' Ënqualité d'historiographe de France , ffl me fiit enjoint -d'assister à cette cérémonie auguste. Je ne répéterai point ici ce que. j'en ai dit dans une lettre qui fut imprimée à mon insu ^ et que* j'ai depuis insérée dans la collection de mes oeuvres ; elle est une firible peinture de Feffet de ce- grand spectacle sur cinquante millésimes que J'y vis ras^ semblées. Quant à ce qui m'est personnel ^ jamais rien ne .m'a lânt ému.

r » Au reste, j'eus daiis ce- voyage tous 'les agréments que ma place pouvait m'y procurer,* et je crus des devoir à la manière honorable dont le maréchal de Beauvau, capitaine des gardes en exercice, let mon confrère à l'Académie française , eut la bonté de me traiter^- «

fDe. toutes les femmes que j'ai connues, ' celle dcoat la politesse a l€^ plus de naturel et A§ dbiarmesv c'est la maréchale de Beauvau : elle mit, ainsi que son époux y une attention délicate «t mar^iiée à donner l'exemple de celles» qu'ils croulaient que l'on ^ût pouf*m<^i; et cet exemple fut suivi.' Sen« sîl^e vaux marques de leur bienveillance, je Faî depuis cultivée avec soÉi. Le caractère du maréchal n'était pas aussi attrayant que celui de sa

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femme; cependant jamais cette digmté * fmîde qu'on lui reprochait ne m'a gêné un Inomeiit avec lui. J'étais^ pèr^u^dé que, dsins. toute' autre condition, soti air, ses manières, son ton,'auraieint été les mêmes ; et , eii n'accommodant fevec ce qui me semblait être son jpaturel , je le trouvais honnête et bon , obligeant , aerviable même sans se faire valoir. Pour sa : femme v aujourd'hui sa veuve , je nç crois pas qu'il y ait 3QUS le ciel de caractère plus aimable ni plus accompli que le sien. C'est bien elle qu'on peut appeler justement et sans ironie la femme qui a .toujours raison ; mais la justesse^ la netteté, la clarté inaltérable de son esprit est accompagnée de tant de d^ou^eur, de simplicité, de modestie et.de grâce, qu'elle nous fait aimer la supériorité. même qu'elle a sur nous. Il 'semble . qu'elle nous communique «on esprit, qu'elle associe nos idées avec les siennes, et nous fasse participer à l'avantage qu'elle a toujours de penser si juste et si bi^n^ Son grand art, connne son attenti<Hi la plus continuelle, était d'honorer son époux , de le faire valoir , de s'effîicer pour le mettre à sa place ^ et pour lui céder l'iïitérêt, la considération , les, respects qu'elle s'attirait A l'entendre, c'était toujours à ]Vf . de Béai^ vau qu'on devait rapporter tout le bien qu'on louait en elle. Observez , mes enfanjts , qu'elle n'y perdait rien, .qu'elle n'en- était même, que piltis honorée, et que ce lustre réfléchi . qu'elle prêtait au caractère de son époux ne faisait que

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dôniier an sien plus de relief et plus d'éctat. Jamais femme n'a mieux senti la dignité de ses devoirs d'épouse, et ne les a remglis avec plus de noblesse.

Ma lettre sur la cérémonie du sacre , publiée et

distribuée à la cour par l'intendant de Champagne ^

y avait produit l'effet d'un tableau qui retraçait

aux yeux du roi et de la reine un jour de gloire

et de bonheur. C'était pour moi, dans leur

esprit, un commencement de bienveillance. La

reine, quelque temps après, me témoigna quelque

bonté. Chez elle, sur un petit théâtre , elle voulut

faire jouer Sjli^in et F J mi* de la Maison. Ce

petit spectacle fit un plaisir sensible; et, en

passant devant moi , la reine me dit , de l'air

le plus aimable : Marmontel , cela est charmant î

Mais ces présages de faveur ne tardèrent pas à

être démentis à l'occasion des deux musiques.

Sous le feu roi, l'ambassadeur de Naples avait persuadé à la cour de faire venir d'Italie un ha* bile musicien pour relever le théâtre dé l'Opéra français, qui, depuis long-temps, menaçait ruine, et qu'on soutenait avec peine aux dépens du trésor public. La nouvelle maîtresse , madame Dubarry, avait adopté cette idée; et notre ambassadeur à la cour de Naples , le baron de Breteuil , avait été chargé de négocier Tengagenient de Piccini, pour venir s'établir en France , avec deux mille écus de gratification annuelle , à condition de nous donner des opéras français.

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