‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 45 sur 165 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

A peine fat4I arrivée ique mon ami, Tamb^ssadenr de Naples, le marquis de Caraccioli , vint me le recommander, et me prier de faire pour lui, me disait-il, au grand Opéra, ce que j'avais fait pour Grétry au théâtre de FOpéra-Comique.

Dans ce temps-là même était arrivé d'Allemagne le musicien Gluck, aussi fortement recommandé à la jeune reine par l'empereur Joseph son frère, que si le succès de la musique allemande avait eu importance d'une affaire d'État. On avait composé à Vienne, sur le canevas d'un ballet de Noverre , un opéra français de Ylphigénie en Aulide, Gluck en avaiffait la musique ; et cet opéra, par lequel il avait débuté en France, avait eu le plys grand' succès» La jeune reine s'était déclarée en faveur de Glupk; et Piccini, qui, en arrivant,, le trouvait établi dans l'opinion publique à la ville comme à la cour, non-seulement n'avait pour lui personne, mais à la cour il avait contre lui l'odieuse étiquette de musicien protégé par la maîtresse du feu roi , et ,à la ville il avait pour ennemis tous les musiciens français, à qui la musique allemande était plus facile à imiter que la musique italienne, dont ilsdésespéraient de prendre le style et l'accent.

Si j'avais eu un peu de politique, je me serais rangé du côté où était la faveur ; mais la musique protégée ne ressemblait non plus, dans ses formes tudesques, à ce que j'avais entendu de Pergolèse, de Léo, de Bm^anello, etc., que le style de Cré-

IIO MEMOIRES.

billon ne ressemble à celui de Racine; et, préférer le Crébillon au Racine de la musique, c'eut été un effort de dissimulation que je n'aurais pu

soutenir* .

D'ailleurs, je m'étais niis dans la tête de transporter sur nos deux théâtres la musique italienne ; et 'l'on a vu que, dans le comique, j'avais assez bien commencé. Ce n'est pas que la musique de Grétry fût de la musique italienne par excellence ; elle-était encore loin d'atteindre à cet ensemble qui nous ravit danç celle des grands compositeurs ; m^js.il avait un chant facile , du naturel dans l'expression , des airs et dès duos agréablement dessinés ;. quelquefois même dans l'orchestre un heureux emploi d'instruments; enfin, du goût et de l'esprit a^ez pour suppléer à ce qui lui manquait du ,CQté de l'art et du génie ; et , si sa musique n'avait pas tout le charme et toute la richesse de celle 46l Biccinî, de Sacdiini, de Paésiello,* elle eh avait le rjiythme, Faccent, la prosodie ; favais donc dén^pntré qu'au moins dans le comique la langue française pouvait avoir une musique du même style que la musique italienne.

f\ rxk^ restait à faire la même épreuve dans le tragique , et le hasard m'en offrait l'occasion. Le problème était plus difficile à résoudre , mais par d'ajLitre^ «raisons ique celles qu'on imaginait.

I^^ layigiiQ iDoblé est moitas favorable k là înusique., L"", en 42e qu'elle n'a. pas. des tours ausisi vifs^ au$si accentués, aussi dociles^ à l'expression du

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