LIVRE IX. II I
chant que la langue- comique; n^ eu ce qu'elle- à moins «d'étemdue/ d'abondance et de .liberté dans le ohoix de l'expreâsion. Mais une bien plus grande, difficulté naissait' pour moi de l'idée que j'avais conçue du poème lyrique, et de la forme théâtrale, que j'aurais ^roulu Uii donner^ 3 'en avms fait avec Grétry la périlleuse tentative dans l'opéra de Céphale et JProcris* £n. divisant l'actioa en trois tableaux , l'un voluptueux et brijlant , le palais de l'Aurore 9 son réveil ,^ ses . amours , les plaisirs de ^a cour céleste; l'autre sombre tet ternhle^le?complot de la jalousie et ses poisons versés dans l'ame de Procris;\e troisième, touchant^ pâissionné^ tragique, l'erreur de Céphale, eX la mort d^ son épouse percée de ses ti'aits., et . expirantei e^tne ses bras: je croyais avoir rempli l'idée d'un spectacle intéres^ sant; mais n'ayant pas réussi dans ce coup d'essai et m'attribuant en partie notre disgrâce y ma dé* fiance de moi«méaie allait jusques à la frayeuK .
Le sentiment de. ma propre faiblesse , et la bonne opinion que j'avais du célèbre compositeur qu'on m'avait donné dans *Piccini ^ mp firent donc imaginer de prendre les beaux opéras deQuipault,'d'en élaguer les épisodes, les détails superflus, de les réduire à leurs beautés réelles, d'y ajouter des airs, des duos, des monologues en récitatif dbUgé, des chœurs en dialogue et, ea oontraste^ .de les accommoder ainçi à. la musique italienne, etd'ea former un genre de poème lydque plus varié , plus animé y plus simple, moins, décousu dans son ac^
lia MÉMOIRES.
tion, et infiniment plus rapide que Topera italien « Dans Métastase même , que j'étudiais , que j^ad^ mirais comme uu modèle de l'art de dessiner les paroles du chant, je voyais des longueurs et des vides insupportables. Ces doubles intrigues , ces amours épisodiques, ces scènes détachées et si multipliées, ces airs presque toujours perdus* comme on l'a dit , en cul-de-lampe au bout des scènes, tout celajne choquait. Je voulais une action pleine, pressée , étroitement liée, dans laquelle les situations , s'enchainant l'une à l'autre , fussent elles-mêmes l'objet et le motif du chant, de façon que le chant ne fût que l'expression plus vive des sentiments répandus dan&la scène, et que les airs, les duos , les chœurs y fussent enlacés dans le ré citatif. Je voulais de plus qu'en se donnant ces avantages l'opéra français conservât sa pompe;, ses prodiges, ses fêtes, ses illusions, et qu'enrichi de toutes les beautés de la musique italienne , ce n'en fût pas moins ce spectacle
Où leg beaux vers, la danse, la musique, L*art de tromper les yeux par les couleurs , L'art plus heureux de séduire les coeurs , Pe cent plaisirs font un plaisir unique.
(Volt. )
Ce fut dans cet esprit que fut recomposé l'opéra de Roland. Dès que j'eus mis ce poème dans l'état où je le voulais , j'éprouvai une joie aussi vive que si je l'avais fait moi-même. Je vis l'ouvrage de Quinault dans sa beauté naive et simple; je vis l'idée