LIVRE IX. Il
eux et œoi, cet objet d'affection commune était pour l'amitié un nouvel aliment.
L'abbé Morellet et moi n'avions cessé de vivre depuis vingt ans dans les mêmes sociétés, souvent opposés d'opinions, toujours d'accord de sentiments et de principes, et pleins d'estime l'un pour l'autre. Dans nos disputes les plus vives, jamais on n'avait vu se mêler aucun trait ni d'amertume ni d'aigreur. Sans nous flatter , nous nous aimions.
Son frère qui , nouvellement arrivé d'Italie , était pour moi un ami tout récent, m'avait gagné le cœtf. r par sa droiture et sa franchise. Ils vivaient ensemble , et leur sœur , veuve de M. Leyrin de Montigny, venait de Lyon, avec sa jeune fille, embellir leur société.
L'abbé, qui m'avait annoncé le bonheur qu'ils allaient avoir d'être réunis en famille , m'écrivit un jour : <( Mon ami , c'est demain qu'arrivent nos femmes ; venez nous aider, je vous prie, à les bien recevoir. »
Ici ma. destinée va prendre une face nouvelle; et c'est de ce billet que date le bonheur vertueux et inaltérable qui m'attendait dans ma vieillesse et dont je jouis depuis vingt ans.