LIVRE X
sincère < vénération; car je n'avais vu en elle que bonté , sagesse et vertu ; et Faffection particulière dont elle m'hqnor^tit méritait bien que je prisse part à un .événement dont je ne doutais pas qu'elle ne fût très -affectée.
Lorsque je |'appri^ à Saint -Brice» les croyant déjà retirés dansleup inaispn dacampagne à Saint- Ouen, je m'y rendis*sur l'heure. Us n'y étaient pas arrivés encore j et , poursuivant ma r<out« , j'allais les trouver àvParis. Je lesf rencontrai *en chemin.
«Vous veniez nous yoir? me dit Necker; n^ontez dans notre voiture, et venez à Saiirt-Ouen* » Je les y accompagnas^ Nous fûmes seuls toute la soirée avec Germani , frère de Necker ; et ni le mari ni la femme ne. me dissimulèrent leur profonde tristesse. Je tâchai de la diminuer en parlant des regrets qu'ils laisseraient dans le public, et de la juste coBsicïération qui les suivrait dans Içur retraite ; en quoi je ne les flattais pas. « Jq ne regrette , me diit Necker , aue le bien que j'avais à faireyet que j'aurais fait , si l'on-m'en eût laissé le temps. »
Bour moi, je ne^vgyais alors , dans sa situatiqn, qu'une retipaite Jxonqrable , une fortune indépendante , dpi repos , de la liberté ,*' des occupations dont il aurait le ohÔ}?i , uoe société qui n'était pas de celles que la faveur attire et 4^6, la défaveur éloigne; et, dans. son iptérîeur, tout ce que la Vie privée et domestique pouvait avoir de douceur pour un hoinme sage. Mais j'avoue que je parlais d'après mes goûts. plus que d'après les siens ^ car
l48 MÉMOIRES.
je pensais bi^n que, sans Toccûpatton des affaires publiques et l'influence qu'elles donnent, il ne pouvait être content. Sa femme pariû sensible au soin que je prenais d'affaiblir l'impression du coup dont il était frappé. Ainsi ma liaison avec eux , bien loin d'être affaiblie par cet événement, n'en fut que plus étroite. •
Ma femme , pour l'amour de moi , répondait à leurs prévenances et à leurs invitations; mais elle avait pour M. Necker une aversion insurmontablei Elle avait apporté de Lyon la persuasion que M. Necker était la cause de la disgrâce iie M. Turgot , le bienfaiteur de sa famille ; et , à Tégard de madame Necker , elle ne trouvait pas en elle cet air attrayant qu'elle avait elle - même avec ses amis.
Bien différente et bien plus aimable était une autre Genevoise , la belle Vermenoux, la plus iiltime amie de M. et madame Necker. Depuis que j'avais fait connaissance aveo elle, chez ces époux dont elle avait formé les noeuds , je l'avais toujours cultivée ; mais son amitié pour ma femme ^depuis mon mariage, fut peur nous un nouveau lien.
Madame de Vermenoujt, au premier abord, était l'image de Minerve ; mais suf ce visage imposant brillait bientôt cet air de bonté , de douceur , cette sérénité > cette gaité naïve et décente qui embellit la raison , et qui rend la sagesse aimable. L'inclination dont elle et ma femme se prirent mutuellement fut de la sympathie , si l'on n'entend par4à