LIVRE X. l5l
reuse^ qu'elle devait êtirc éternefle. Le$ lettres de Carâcciolî étaient remplies àe ses regrets. .11 ne cessait de m'appeler *en Sicile avec ma famille , offrant de m'envoyer à Marseille un naître pour nous transpôBter à Palermte.
J'ai* dit quelle était^ depuis quai^àiite «tns , tàcfti amitié pour d'Alembert/eft'quel prix je devais attacher à> 1a sienne. Depuis la mort dejaaademoi^ selle PEspinassé, il était consumé d'ennui et dé' tristesse. Mais quelquefois encore il laissait poulet ^ dans la profonde plaie dé son .cœur , quelques gouttes du bauûne de cette amitié ijonsôlante. C'é^ tait surtout avec ma femme- iqu'il se plaisait à faire diversion à ses peines. Ma femme y prenaft l^inlérêt le plus tendre. JLui . et Thomas , les deui hommes de lettres dont les talents et les lumières auraiopt .dû lui en imposer le plus , étaient ctxïk. avec qui ^elle était le plus à son aisé. Il n'y avait pour elle anctfn amusement préférable k leur en-* tretien,
Thomas semblait encore avoir longtemps à vivre pour la, gloire et pour l'amitié. •
Mais d'Alembert^ commençait à sentir les déchirements de la pierre ; et bientôt il ji'exista plus qjie pour souffrir et ilaourir lentement dans les pluâ^ cruelles douleurs.
Dans une faible esquisse de son éloge , j'ai essayé de peindre la douce égalité de ce earactère ^ toujours vrai, toujours simple, parce qu'il était naturel , éloigné' de toute jactance , de toute
i5a MisffoiRES.
dissimulation , mêlé de forcé et de faiblesse , mais dont la force était de la vertu, et la faiblesse de la bonté.
En le {fleurant , j'étais loin de penser à lui succéder dans la place de secrétaire-perpétuel de TAcadémie française. Jç fus moi-même sur le point de le suivre au tombeau, frappé d'une fièvre maligne, semblable à celle dont Bouvart m'avait jdéjà sauvé, et dont il me guérit encpre. Combien ne tlois- je pas bénir la mémoire d'un homme à qui deux fois j'ai dû la vie, et qui, jtisqu'à la défaillance de ses esprits et de ses forces y n'a cessé de donner les soins les plus tendres à mes enfants !
A peine étais -je en convalescence qu'il fallut aller donner à Fontainebleau le nouvel opéra que j'avais fait avec .Piccîni. Cet opéra était Didon^ Gomme il était tout entier de moi, je l'avais construit à mon gré ; et, pour y faire faire un pas de plus à notre nouvelle musique , j'avais profité du moment où une marque de faveur que Piccini venait d'obtenir avait ranimé son génie. Voici ce qui s'était passéji
Cette année (1783) , le maréchal de Duras , gentilhomme de la chambre en exercice, me demanda si je n'avais rien lait de nouveau, et me témoigna
le désir d'avoir à donner à la reine à Fontainebleau
la nouveauté d'un bel opéra. « Mais je veux , me dit-il , qufî ce soit votre ouvrage. On ne vous sait pas assez de gré de ce que vous faites pour rajeunir les vieux opéras de Quînault. » 3e reconnus à ce
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