‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 61 sur 165 · LIVRE X. l · texte numérisé non relu

LIVRE X. l

langage mon confrère à l'Académie , et ses ancienç i(, nés bontés pjour moi.

(«.Monsieur le maréchal-, lui dis-je , tant que tnon isiii musicien Piccini sera découragé comme il l'est, je l'jQ. ne puis rien promettre. Vous savez avec quelle ul (jj ^ rage on lui a disputé le succès de Roland et ^Atys ; ils ont réussi Fun et l'autre , et jusque-là le Vrai talent a triomphé de la cabale; mais, dans Ylphigenie jj.jf en Tauride^ i\ a succombé, quoiqu'il s'y fut surf^j^ passé* lui-même. »

^ « L'entrepreneur ^ de l'Opéra, de Vismes, pour

les grossir sa recette par le concours des deux partis, a ima^né de faij^e jouter Gluc^k et Piccini sur un niéme sujet ; il leur a fourni deux poèmes de VJ^higénie en Tauride. Gluck, dans le poème barbare qui lui est^échu «n partage , a trouvé des^horreurs analogues à l'énergie de son sl^yle ,et il les a fortement exprimées. Le poème remis à Piccini , tout mal fabriqué qu'il était, se trouvait susceptible^d'un intérêt plus doux ; et , au moyen des 'corrections que l'auteur y a faites squs mes yeux , il a pu donner lieu à une musique touchante. Mais, après la forte impression qu'avait faite sur les yeux et sur les oreilles le féroce opéra de Gluck , les émotions qu'a produites l'opéra de Piccini ont paru faibles et légères. \llp}tigéme de Gluck est restée au théâtre dont elle s'était emparée ^ celle de Piccini û'a pu s'y soutenir; il en. est consterbé; et vous seul,' monsieur le maréchal, pouvez le relever* de son abattement. — Que faut -il faire pour cela? me

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demanda-t*il. — Une chose , lui dîs*je , trè»-facile et très -juste : changer en pension -k çratiôcation annuelle qui lui a été promise , lorsqu'on l'a fait venir en France , et lui en accorder le brevfjt/ — Très -volontiers, me dit le maréchal. Je demanderai pour lui cette grâce à la reine , et j'espère l'obtenir. ;>

Il la demanda, il l'obtint ; et lorsque Piccini alla avec moi l'en remercier: «C'est à la reine, lui dit-il, qu'il faut marquer votre -reconnaissaiice, en composant pour elle , cette année ,« un bel opéra.»

« Je ne demande pas mieux , me dit Piccini ea nou9 en allant; mais quel opéra ferons-nous?

— Il faut faire , lui dis-je , l'opéra de Didon : j'en ai depuis long-temps le projet dans la tête ; mais je vous préviens que je veux m'y développer; que vous aurez de longues scènes* à mettre en musique , et que dans ces scènes je vous demanderai un récitatif aussi naturel que la simple déclamatioH. Vos cadence^ italiennes soiït monotonea : la parole est plus variée , plus squtenue dans ses accents , et je vous prierai de. la notet comme je vous la déclamerai. — Eb bien ! me dit -il, nous verrons, p) Ainsi fut formé le dessein de donner au récitatif cette facilité, cette vérité d'eicpression qui fut si favorable au jeu de la célèbre actrice à qui le rôle de Didon était destiné.

I^e temps nous pressait ; j'écrivis très-rapide-

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