‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 66 sur 165 · LIVRE XI. « l6â · texte numérisé non relu

LIVRE XI. « l6â

ge&s ineptes je faisais dépendre le succès d'un pa* reil ouvrage , et rie pas y compter après ce que j'ai dit de Zémire et Azor.

Je m'avais pas été plus heureux dîans le choix d'un sujet d'opéra-comique que j'avais foit avec Piccini pour le théâtre italien ; et , quand j'y pense , j'ai peine à concevoir comment je fus séduit par ce sujet dtt Dormeur éi^eUIé , qui dans les Mille eu une Nuits pouvait être amusant , mais qui n'avait rien de comique; car le véritable comique consiste à se jouer d'un personnage ridicule ; et celui d'Assan né l'est pas.

En général , après des succès , on doit s'attendre à trouver le public plus difficile et plus sévère. C'est une réflexion que je ne faisais pas assez ; je devenais plus confiant quand j'aurais du être plus timide ; et au théâtre ma vanité en fut punie par des disgrâces.

On m'accordait plus d'indulgence aux assemblées publiques de rxicadémie française ; là , je ne briguais point des applaudissements; je n'y parlais que pour remplir les simples fonctions de ma place, ou pour suppléer les absents. Si quelquefois j'y payais à mon tour le tribut de l'homme de tettres, c'était sans ostentation. Les morceaux dé littérature que j'y lisais n'avaient rien dfe brillant , mais n'avaient rien d'ambitieux. C'était le fruit dé mes études et de mes réflexions sur le. goût , sur la langue, sur les caprices de l'usage, sur le style , sur l'éloquence, tous sujets convenables à l'esprit

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d'un auditoire académique et habitué parmi nous. Aussi cet auditoire était-ii bénévole ; et je croyais m'y voir au milieu d'un cercle d'amis.

Cette faveur, dont je jouissais dans nos assemblées publiques, jointe à l'exacte discipline que je faisais observer , sans aucune partialité , dans nos séances particulières, m'y donnait quelque poids et assez de crédit. Le clergé me savait bon gré des égards qu'on y avait pour lui ; la haute noblesse n'^était pas moins contente de ces respects d'usage qu'on lui rendait à mon exemple ; et , à l'égard des gens de lettres , ils me savaient assez jaloux de l'égalité académique pour me laisser le soin d'en rappeler les droits , si quelqu'un les eût oubliés. Plusieurs même , persuadés que, dans nos élections, je ne cherchais que le mieux possible, me consultaient pour joindre leur suffrage à ma voix. Ainsi, sans brigue et sans intrigue, j'avais de l'influence, et j'en usai , comme il était juste , pour vaincre les obstacles que l'on s'efforçait d'opposer à l'élection de l'un de mes amis.

L'abbé Maury, dans sa jeunesse, ayant prêché au Louvre avec un grand succès le panégyrique de saint Louis devant l'Académie française, et , depuis , celui de saint Augustin à l'assemblée du clergé de France , bientôt célèbre dans les chaires de Paris, et appelé à prêcher à Versailles TA vent et le Carême devant le roi, avait acquis des droits incontestables à l'Académie française; et il ne dissimula point que tel était l'objet de son ambition.

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