‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 71 sur 165 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

femmes coBtribuent essentîeliement à la célébrité, et il ne les eut pas pour lui.

J'eus 7 cett? même année de la mort de Thomas, la consola tioQi de voir entrer à T Académie Tabbé Mor^llet, ^vec des titres moins brilknts que Fabbé Maury, mais non pas moins solides; esprit juste, ferme ,, éclairé , niowri d'une saine littérature, et plein de çonjual^sances rares sur les objets d'utilité publique , il s'était distingué par des écrits d'un style sage et pur, d'une raison sévère , d*une méthode e^çacte. DajQi^ un autre gendre, on connaissait d^e lui des ouvrages de plaisanterie d'un ton excellent , pleins de goût et d'un sel très-fin et très-piquant. Lucien , Rabelais et Swift lui avaient appris à manier l'ironie et la raillerie , et leur disciple éta;il; devenu leur rival. Ainsi mes amis les plus chers venaient s'asseoir auprès de moi et remplacer à l'x^cadémie ceux que je perdais tous les ans.

En voyant cette foule de gens de tettres passer suiccessivement chez les morts, je fis réflexion que je pouvais bientôt les suivre, et qu'il était temps de songer à mon testament littéraire, et de choisir ce que je voulais qui restât de moi après moi. Ce fut dans cet esprit que je rédigeai l'édition de mes œuvres. J'en ai suffisamment parlé dans mes préfaces , il ne reste qu'à indiquer l'occasion et l'intention de quelques-uns de mes écrits.

Dans le temps que d'Alembert était secrétaire de l'Académie française , il avait fort à cœur de rendre intéressantes nos assemblées publiques.

et celles de nos séances particulières où les souverains assistaient. Personne ne contribuait autant que lui à les bien remplir. Cependant quelquefois il n'y pouvait suffire , et c'était pour lui un chagrin véritable que de s'y voir abandonné. Alors il recourait à moi , se plaignant de la négligence de tant de gens de lettresqui composaient l'Académie, et me conjurant de l'aider à soutenir l'honneur du corps.

Dans ces occasions pressantes, je composais des morceaux de poésie on de prose, que j'adaptais aux circonstances, comme les trois discours en vers sur l'éloquence , sur l'histoire , sur l'espérance de se survivre. Ce dernier , lu à la réception de Ducis, successeur de Voltaire, eut le mérite de l'à-propos , et fit sur l'assemblée une vive impression.

Des morceaux de prose que je lisais , celui dont le public parut le plus content , ce fut l'éloge de Colardeau , à la réception' de La Harpe ; mais ce qui me toucha bien plus moi-même , fut le succès qu'obtintl'esquisse de l'éloge de d'Alembert,et celui du petit poème sur le dévouement et la mort de Léopoldde Brunswick. Je crois devoir, sur celui-ci, me permettre quelque détail , pour exposer nettement ma conduite.

Le tpait d'humanité et de dévouement héroïque du jeune prince Léopold de Brunswick ayant sensiblement touché le 'jeune comte d'Artois , ce prince avait proposé à l'Académie française un prix

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