‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 72 sur 165 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

de mille écus pour le poàne où cette belle attion serait le plus dignement célébrée.

J'étais alors secrétaire perpétuel de l'Académie, et, en ma qualité déjuge, il m'était interdit de me présenter au concours ; mais comme il arrivait- assez souvent 'que le prix même de poésie, dont nous laissions le sujet libre et au choix des poètes, n'était pas accordé, j'eus quelque inquiétude qu'il ne se présentât rien d'assez digne de ceiii.i-ci; et alors quelle hoiite et quelle humiliation pour la httérature française ! queV dégoût même pourl'Académie d'avouer aux yeux de l'Europe qu'un si beau sujet aurait été manqué !

Comme j'en étais plein et fortement ému, je ne pus résister au désir de le traiter moi-même , bien résolu à ne laisser connaître mon ouvrage qu'après qu'il serait décidé que nul autre n'aurait le prix.

Je laissai donc passer sous les yeux de l'Académie tous les poèmes mis au concours; mais ils furent tous rejetés. Enfin , voyant qu'on s'affligeait que le plus vertueux héroïsme ne £ut pas dignement loué , je confiai à l'Académie l'essai que j'avais fait sans aspirer au prix. Elle voulut bien l'approuver; et le comte d'Artois, à qui l'on fut obligé d'annoncer le mauvais succès du concours , apprit en même temps ce que l'un des membres de l'Académie avait fait pour y suppléer. Le prince ordonna que le même concours fût encore ouvert pour l'année suivante; mais il voulut connaître en

Mémoires f II, la

secret mon ouvrage , et il me permit de l'envoyer au prince régn^.nt de Brunswick.

Peu de jours après, le comte d'Artois me fit dire, par M. de Yaudreuil, qu'il avait commandé pour moi une très^riche boîte d'or. Je répondis que, dans toute autre occasion, je recevrais avec respect les présents du frère du roi ; mais que dans celle-ci je ne pouvais rien accef^er qui me fît soupçonner *4'avoir voulu m'attirer une récompense; que cette riche boîte ne serait qu'un /^mr déguisé; que, si le prince avait la bonté de m'en don* ner une de carton sur laquelle fut son portrait > je la recevrais comme un don très-précieux pour moi; mais que je n'en voul^ point d'autre. M. de Yaudreuil insista; mais il me vit $i ferme dans ma résolution , qu'il renonça à l'espérance de l'ébran» 1er ; et ce fut la réponse qu'il rapporta à M. le comte d'Artois.

« Marmontel ne consulte les bienséances que pour lui-mém£, lui dit le prince; mais il ne me convient pas à moi de lui £aire un présent mes* quin ; » et après avoir réfléchi un moment : « £h bien! reprit-il, je lui donnerai mon portrait en grand. » Le bailli de Crussol , son gentilhomme de la chambre, fut chargé d'en faire une belle cofiie, et le cadre en ^ut décoré des attributs les pliis honorables pour moi.

Le prince régnant de finmswick ne reçut pas moins favorablement mon hommage ; il y répon^ dit par une lettre de sa main et pleine de bonté, à

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