‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 74 sur 165 · LIVRE XI. j8i · texte numérisé non relu

LIVRE XI. j8i

Nous fîmes, peu de temps après, l'heureuse acquisition d'une autre société d'amis dans M. et madame de Sèze. Tout ce qu'un naturel aimable peut avoir d'attrayant, ma femme le. trouva dans madame de Sèze ; aussi se prirent-elles de cette inclination qui naît de la conformité de deux bonnes et belles âmes. A l'égard de M. de Sèze , je ne crois pas qu'il y. ait au monde une société plus désirable que la sienne. Une gaîté naïve, piquante, ingénieuse ; une éloquence naturelle qui , dans la conversation, même la plus familière, coule de source avec abondance; une prestesse, une justesse de pensée et d'expression qui, à tout mo-ment, semble inspirée; et, mieux que tout cela, un èœur ouvert, plein de droiture, de sensibilité, de bonté , de candeur ; tel ^ait l'ami que l'abbé Maury me faisait désirer depuis long-temps, et que me procura le voisinage de nos campagnes.

' De Brevane, où de Sèze, dans la belle saison ^ passait ses moments de repos, de Brevane , dis-je, à Grignon , il n'y avait guère que la Seine à passer, et que la plaine qu'elle arrose ; nos deux coteaux se regardaient. Un jeune homme que nous aimions,, et qui nous aimait l'un et l'autre , nous fit confidence, à tous les deux , du désir mutuel que nous avions de nous connaître. Desnos premières entrevues, nous voir , nous goûter, nous chérir, désirer de nous voir encore , en fut l'effet simultané , et , touÉ éloignés que nous sommes , cet attachement est lé même. Au moins, de mon coté, rien , dans ma sor

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li tuile, oe m'a plus occupé ni plus intéressé que lui. De Sèze est l'un des hommes rares dont on peut dire : Il faut Taiiçefr, si on ne Ta point aimé encore; il faut l'aimer toujours, dès qu'pn l'aime une fois: Crus amet y qui nuaquam amcwif ; qui jam amcwity crus ameU (Catul.)

Le jeune bomine qui avait pris soin de nous lier ensemble était ce Laborie, copnu dès l'âge de dix-neuf ans par des écrits qu'on eût attribués san& peine à la maturité de l'esprit et du goût; nouvel ami qui, de son plein gré, et, par le mouvement d'une ame ingénue et sensible , ét^it venu s'offrir à moi , et que j'avais bientôt appris à estimer et à chérir moi-même.

Dans cet aimable et heureux caractère, le besoin de se rendre utile est une passioii habituelle et dominante. Plein' de volonté pour tout ce qui lui semble honnête , la vitesse de son açtiqu égale celle de sa pensée. Je n'ai jamais connu personne d'aussi économe du temps; il le divise par minur tes, et chaque instant en est employé ou utilenqçnt pour lui-même , ou plus souvent encore utilement pour ses amis.

Les chaugements de ministres apport^ent an* core quelques auiéliqrations dans ma fartune.

Le traitement d'historiographe à/d Fr^uçe, qui, autrefois était de mille écus, avftit été réduit à dix^ huit cents livres p?,r je ne sais quelle mes^quine éeo* nomie. Le contrôleur -général ^'Orwesson trouva juste de le remettre syr l'ançiw pied»

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