‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 76 sur 165 · LIVRE XI. l · texte numérisé non relu

LIVRE XI. l

les relations .graduelles, et l'exacte correspondance des extrén^tés à leur centre; la surveillance générale; les moyens d'encouragement; la connaissance et l'emploi des hommes que l'instruction aurait formés.

Dans l'ensemble et dans les rapports de cette vaste composition , j'avais pris pour modèle l'institut des jésuites , où tout était soumis à une règle unique, surveillé, maintenu, régi par une autorité centrale, et mis en action par un mobile universel. La plus grande difficulté était de substituer au lien d'une société religieuse, et à l'esprit de corps qui l'avait animée, un motif d'intérêt et un ressort d'émulation qui réduisît la liberté aux termes de l'obéissance ; car les mœurs et la discipline à établir dans la classe des maîtres , comme dans celle des disciples , devait être la base de cette înstitution« Il fallait donc que , non-seulement dans leur état actuel, mais dans leur perspective et dans leurs espérances , les places y fussent désirables ; et , afin que l'exclusion ou le renvoi fôt une peine , •je demandais que la persévérance et la durée, de ces fonctions honorables eussent progressivement des avantages assurés.

Le garde-des-sceaux approuva mon plan dans toutes ses parties; et, pour ce qui demanderait dés récompenses encourageantes , il m'assura que rien n'y serait épargné. « Nul professeur , homme de mérite, ne vieillir a. dans l'obscurité, me dît-il; nul écolier distingué , dans son cours d'étude ne de-*

l86 MEMOIRES.

ineurera sans emploi. Vous promettea^ de me faire connaître , des extrémités du royaumef Télite des talents ; moi , je m'engage à les placer. Je vois que nous nous entendons , ajouta*t-il en me serrant la main; nous nous accorderons ensemble; je compte sur vous , Marmontel ; comptez sur moi de même, et pour la vie. »

Comme l'abbé Maury m'avait assuré que le gardedes-sceaux était un homme droit et franc, je n'eus aucune peine à prendre avec lui l'engagement qu'il me proposait; et, en achevant de développer et de perfectionner mon plan, je crus travailler pour sa gloire.

J'avais formé, à la campagne, une liaison qui, dans ce travail^ me fournit de grandes lumières.

Le cinquième de mes enfants , Louis , venait de naître , et sa mère était sa nourrice. L'aîné des trois qui me restaient, Albert, était dans sa neuvième année; Charles avait quatre ans accomplis^ lorsque je pris la résolution de les faire élever chez moi; et , sur la réputation du collège de Sainte-Barbe, ce fut là que je cherchai, pour eux, un précepteur formé aux mœurs et à la discipline de cette maison , renommée tant par la vie laborieuse et frugale qu'on y menait^ que par la supériorité des études que l'on faisait à cette école.

L'excellent jeune homme que j'y avais pris , et que la mort m'a enlevé, Charpentier^ nous faisait sanS: cesse l'éloge de Sainte-Barbe; car une singularité remarquable de cette maison était la tendre

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affection que conservaient pour elle ceux qui en étaient sortis. Il ne parlait qu'avec enthousiasme des mœurs /de la discipline , des études de Sainte- Barbe. Il ne parlait qu'avec«une profonde estime des supérieurs de la maison, et des professeurs qu'il y avait laissés. Ils étaient ses amis ; il désirait que j'en fisse les miens. Je lui permis de me les amener; et la cordialité avec laquelle je les reçus leur rendit ma maison de campagne agréable.

Sainte - Barbe avait une annexe à Gentilly , village voisin de Grignon. Les supérieurs , les professeurs de l'une et de l'autre maison se réunissaient quelquefois pour venir dîner avec moi. Ils s'intéressaient aux études de mes enfants. Les jours où la jeune école de Gentilly avait des exercices publics, mes enfants y étaient invités, et ils étaient admis à cet examen des études. C'était pour eux un bon exemple et un objet d'émulation; mais, pour moi , c'était une source d'observations et de lumières; car, dans ce cours facile, régulier et constant des études de Sainte-Barbe, je devais trouver une cause , et cette cause ne pouvait être qu'une bonne et solide organisation.

C'est de quoi je me fis instruire dans le plus grand détail; et, au moyen de ces conférences, je me croyais en état de mettre la dernière main à mon plan de l'instruction nationale , quand tout-à-coup, par un des mouvements qui bouleversaient le ministère , M. de Lamoignon en fut écarté , et fut exilé à Bàville.

l88 MÉMOIRES.

Bientôt les intérêts de la chose publique et les inquiétudes sur le sort de TÉtat s'emparèrent dé mes esprits; ma vie privée changea dé face, et prit une couleur qui, nécessairement, va se répandre sur le reste de mes Mémoires.

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