‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 86 sur 165 · LIVRE X II. ÎIO · texte numérisé non relu

LIVRE X II. ÎIO

étaient abandonnées , n'en redoublait pas moins d'effort» pour subvenir aux besoins de la guerre et pour en soutenir le poids. Il était convenu avçc Sartines qu'au-delà des fonds que le trésor royal lui faisait tous les ans, celui-ci, dans les cas pres^ santS) pourrait user du crédit personnel du trésorier de la marine, jusqu'à la concurrence de cinq à six millions; et il comptait sur son exactitude à se tenir dans ces limites , lorsqu'il apprit du trésorier lui-même que, par obéissance pour son ministre, il avait porté la somme dé ses avances ^et de ses billets sur la place à vingt-quatre millions payables dans trois mois. Ce fut comme un coup de massue pour le directeur des finances; car, n'ayant pris aucune mesure pour faire face à un engagement qu'on lui avait dissimulé , il allait arriver au terme sans savoir comment le remplir. 11 y pourvut ; mais soit qu'il y eût de la part de Sartines de la mauvaise volonté, ou seulement de l'imprudence , Nècker ne vit plus pour lui-même de sûreté à travailler avec un tel homme; il s'en plaignit au roi , et lui demanda décidément ou sa retcaite ou celle de Sartines.

Maurepas était à Paris, retenu par la goutte. Le roi, avant de prendre une résolution, lui écrivit pour le consulter. Lorsqi^U reçut la lettre du roi, m'a dit le duc de Nivernois , rioi^ étions auprès de son Ut^ sa femme et moi. Il nous la lut. V alternative Jiit long-'teTnps débattue; mais enfin ^ se décidant lui»

Mémoires y II. i4 '

aïO MÉMOIRES.

même y il faut y nous dit-il, sacrifier Sartjbies y nous nepouwns nous passer de ISecker.

Le roi , en renvoyant Sartines, consulta Necker sur le choix du successeur qu'il devait lui donner , et Necker lui indiqua le maréchal de Castries. L'on sait combien les événements et la conduite de la guerre firent applaudir un tel choix. Le vieux ministre n'en fut que plus jaloux ; et son cabinet fut dès-lors comme un centre d'activité pour la cabale ennemie de Necker. Elle croyait avoir aussi une protection dans les princes frères du roi.

Quelque réservée que fût à leur égard la conduite de Necker , on avait cru s'apercevoir qu'elle leur semblait trop rigide; mais ce qui était bien plus vrai, cette rigidité déplaisait à leur cour, et les échanges, les cessions, les ventes, toutes les affaires que les gens en crédit avaient coutume de négocier avec le roi , ayant à redouter, dans ce directeur des finances , un examinateur clairvoyant et sévère , il leur tardait à tous d'en être délivrés.

Plus de pièges tendus à la facilité du roi , plus de faveurs surprises , plus de grâces légèrement et furtivement échappées ; surtout plus de moyens de cacher, comme dans les recoins du portefeuille des ministres, les articles secrets d'un bail, d'un marché ou d'un privilège , et dans tous les réduits obscurs du labyrinthe des finances, les bénéfices clandestins que l'on se serait procurés. L'homme qui coupait la racine à tant d'abus ne pouvait manquer d'être haï. Le mémoire qui l'ac-

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