LIVRE XII* 1À1I
cusait d'en avoir imposé au roi fut donc vivement appuyé;
Malheur à moi si je faisais tomber sur les princes , frères du roi , le plus léger soupçon d'avoir voulu favoriser la calomnie; mais le mensonge savait prendre à leurs yeux les couleurs de la vérité, comme lès plus vils intérêts avaient pris les couleurs du zèle.
Bourboulon , l'auteur du mémoire, trésorier du comte d'Artms , s'était rendu agréable à ce prince. Fier de sa protection , il allait donc tête levée ; et s'avouant l'accusateur de Necker , il le défiait de lui répondre. Tant d'assurance avait un air de vérité et en imposait au public. Bien des gens avaient peine à croire que Necker eût tout-à-coup changé si merveilleusement la situation des finances ; et , sans lui faire un crime du compte spécieux qu'il en avait rendu , ils pensaient que ce compte avait été fait avec art pour entretenir le crédit, annoncer des moyens de soutenir la guerre , et nous faciliter la paix. Maurepas accueillait cette opinion d'un air d'intelligence, et semblait applaudir à la pénétration de ceux qui devinaient si bien.
, Mais Necker ne crut pas devoir s'accommoder d'une semblable apologie; et, incapable de composer avec l'opinion sur l'article de son honneur, . il demanda au rcti qn'il lui permît de mettre sous ses yeux, en présence de ses ministres, le mémoire de Bourboulon , et d'y répondre article par article. Le roi y consentit; et Maurepas, Miromesnil,
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Vergennes, trois ennemis de Necker, assistèrent à ce travail. Le mémoire y fut lu et démenti, d'un bout à Fautre, par des pièces qui constataient la situation des finances , et dont le compte rendu au roi n'était qu'un développement.
A ces preuves incontestables , les trois ministres n'eurent pas l'ombre d'un doute à opposer ; mais lorsque le roi demanda en confidence à Maurepas ce qu'il pensait de ces calculs et de ce compte de finance : Je le trouve , sire^ aussi plein de vérité que de modestie , répondit le vieux courtisan.
Après cet examen , il fallait que la fausseté de l'accusation fût punie , ou que Necker fût soupçonné de s'en être mal défendu. Il avait méprisé les libelles injurieux qui n'attaquaient que sa personne; mais devait- il négliger de même celui qui décriait son administration? Plus le roi était juste et reconnu pour Têtre, plus on devait croire impossible que Bourboulon fût encore souffert dans la maison des princes , s'il était convaincu de mensonge et de calomnie. Or , après cette conviction , il restait dans sa place, et se montrait partout^ même au souper du roi.
Dans cette conjoncture , sur laquelle j'insiste à cause des suites funestes que la résolution de Necker allait avoir , il avait trois partis à prendre : l'un de se fier davantage à sa p^'opre réputation^ de tout dissimuler, et de tout endurer jusqu'à la mort de Maurepas, qui n'était pas bien éloignée; l'autre de se défendre tout simplement en faisant