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imprimer sur deiix colonnes le mémoire de Bouirboulon et les pièces qui démentaient ce mémoire calomnieux ; l'autre de demander au roi que son accusateur ; convaincu de Calomnie , en fût puni. Le premier eût été Tavis des esprits les plus sages. Que ria-t-il attendu? ( me dit le duc de Nivernois 1 ui-même , après la mort de Maurepas ) six mois de patience nous Vauraient conservé. Et la paix fût venue, et les finances rétablies par un bon économe sous le meilleur des rois , nous auraient fait long-temps jouir de son règne et de ses vertus. Le second eût été encore un parti raisonnable; car le public ayant les pièces sous les yeux , la vérité eût été manifeste et le détracteur confondu. Mais de prétendus apais de Necker ne pensèrent pas qu'il fût digne de lui d'entrer en lice avec un pareil agresseur. Il fallait, selon moi, le mépriser ou le combattre. Il demanda qu'il fût puni. Il est vrai qu'il était tous les jours menacé de libelles encore plus atroces et plus infâmes ; et , si on ne faisait pas un exemple de Bourboulon , il était impossible que Necker, abandonné par la haine du vieux ministre à l'insolence et à la rage d'une cabale autor risée , ne perdît pas au moins une partie de cette considération qui était l'ame de son crédit. Ce fut au nom de ce crédit, de cette opinion puissante, sans laquelle il ne pouvait rien , qu'il demanda , pour toute peine, que son détracteur fut chassé de la maison du comte d'Artois. La réponse de Maurepas fut qu'il demandait l'impossible. « C'est
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donc, insista Necker, au roi lui-même à rendre témoignage à la yérité par quelque marque de la confiance dont il m'honore , 3» et ce qu'il demanda fut l'entrée au conseil d'état. Je dois dire qu'il regardait comme un grand mal que dans ce conseil où se délibérait ce qui dépend le plus de la situation des finances, l'administrateur des finances ne fût pas admis de plein droit: et il avait raison d'y croire sa présence au moins très-utile. Mais Maurepas ne vit , ou feignit de ne voir dans une d€mandô si juste qu'une vanité déplacée» «Qui? vous , lui dit-il , au Qonseil , et vous n'allez point à la messe ! — M. le comte , répondit Neckejr , cette raison n'est bonne ni pour vous , ni pour moi. Sully n'allait point à la messe , et Sully entrait au conseil. » Maurepas , dans cette réponse , ne saisit que le ridicule de se comparer à Sully ; et , au lieu de l'entrée au conseil, il lui offrit de demander pour lui les entrées du cabinet. Necker ne dissimula point qu'il regardait cette offre comme une dérision , et il demanda sa retraite.
C'était là ce qu'on attendait avec une vive impatience dans le salon de Maurepas ; et la manpdse de Flammarens, sa nièce , ne me l'a pas dissimulé* Mais lui, feignant de ne pas consentir à ce qu'il désirait le plus , refusa de présenter au roi la démission de Necker, et finit par lui dire que c'était à la reine qu'il fallait la remettre , s'il était résolu décidément à la donner.
La. reine, qui l'écoutait favorablement et qui
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lui marquait de Te^tinie, sentit la perte que le roi allait feife; et, voyant que Necker persistait dans sa résolution , elle exigea qu'il prît au moins vingt-quatre heures pour y réfléchir mûrement.
Necker , en se consultant lui-même , se retraça le bien qu'il avait fait, pensa au bien qu'il aurait fait encore, sentit d'avancîp l'amertume des regrets qu'il aurait après y avoir renoncé : et ne pouvant se persuader qu'un vieillard , au bord de la tombe , voulût être envers lui obstinément injuste , il se détermina à le voir encore une fois.
c( Monsieur , hi\ dit-il , si le roi veut bieïi me témoigner qu'il est content de mes services , il . peut m'en donner une marque qui ne sera pour moi qu'un mo^^en de le mieux servir; c'est la direction des marchés dç la guerre et de la marine. — Ce que vous demandez, dit Maurepas, offenserait les deux ministres. -— Je ne le crois pajs^ reprit Necker , mais au surplus , tant pis pour le ministre qui , dans l'examen des dépenses qu'il lui est impossible d'apprécier lui«-méme, m'envierait Un travail qu'il abandonne à ses commis. » lie dernier mot de l'un fut que cela n'était pas propoçable; la dernière résolution de l'autre fut d'aller supplier la reine de faire agréer sa démission. La reine la reçut et le roi l'accepta. Voilà de quelle source ont dérivé tous nos malheurs. Nous allons les voir 5e grossir et se déborder par torrents, jusqu'à nous entraîner dans la plus profonde raine.
On peut trouver peu vraisemblable la &çilité
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qu'eut le roi à se priver d'un homme habile et qui l'avait si bien servi ; mais ce bien était altéré par des insinuations adroites et perfides. Necker lui était peint comme un homme rempli d'orgueil, et d'un orgueil inexorable. On avait ^ disait-on , voulu lui faire entendre qu'en supposant dans le mémoire de Bourboulon des erreurs de calculs , ces erreurs n'étaient pas des crimes; qu'il n'y avait pas lieu d'exiger qu'un prince , qu'un frère du roi déshonorât un homme à lui , en le chassant pour avoir déplu à un ministre des finances ; mais rien n'avait pu l'apaiser. On lui avait offert de demander pour lui et d'obtenir de sa majesté une faveur dont s'honorait la plus haute noblesse, les entrées du cabinet; mais il les avait dédaignéés.Comme il se croyait nécessaire , il prétendait feire la loi ; il se comparait à Sully , et ne demandait rien de moins qu'à dominer dans les conseils , à surveiller tous les ministres , en un mot , à Rasseoir sur le trône à côté du roi.
Le désintéressement avec lequel Necker avait "voulu servir l'État contribuait encore aie faire passer pour un altier républicain , qui voulait qu'on lui dût sans rien devoir lui-même; et, pour en dire ma pensée, en refusant comme il avait fait les appointements de sa place, Necker avait dû s'attendre qu'on expliquerait mal cette fierté humiliante pour tous ceux qui ne l'avaient pas , et qui ne pouvaient pas l'avoir.
Enfin , pour ne laisser au roi aucun regret sur
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le renvoi de Nèckèr , on avait trouvé ïé moyéii de lui persuader que, si c'était un mal, ce mal était inévitable.
L'un des projets de Necker était , comme l'on sait , d'établir dans tout le royaume des assemblées provinciales. Or , ^pour faire sentir au roi l'utiltté de ces assemblées, Necker, dans un mémoire Iqu'il lui avait lu dans son travail, et qui n'était que pour lui seul, avait exposé d'un côté les inconvénients de l'autorité arbitraire confiée à dés intendants^ et l'abus qu'en faisaient leurs agents subalternes ; dé l'autre côté, l'avantage qu'il y aurait pour le roi à se rapprocher de ses peuples et à gagner leur confiance persoilnelle et immédiate^ afin de moins dépendre de l'entremise des parlements. Ce mé^ moire, surpris et divulgué en même temps que^ Bourboulon faisait courir le siai , déplut à la magistrature, et l'indisposa eontre Necker autant qu'il le fsdlait pour donner lieu au vieux ministre de faire entendre au roi que, datis l'esprit dés parlements, Necker était un homme perdu; que les corps ne pardonnaient point; que celui qui les avait une fois offensés lés trouverait à jamais intraitables; que cette mésintelligence serait une hydre à combattre sans cesse ; que Necker le sentait lui-même ; et qu*en se retirant pour d'autres causes simulées , il reconnaissait que la place n'était plus tenable pour lui.
Une singularité remarquable, et qui seule ferait connaître l'insouciance de Maurepàs, c'est que j^
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lorsqu'il rentra dans son salon , tout joyeux éa départ de Necker^ ses amis lui ayant demandé quel homme il mettrait à sa place^ il avoua qu'il n'y avait pdint pensé. Ce fut ^ m'a dit sa nièce, le cafdinal de Rohan qui^ se trouvant là par hasard^ lui désir gna Fleuri ; et Fleuri fut nommé.
Ce ancien conseiUer-d'État, esprit fin , souple , insinuant, avait pour lui ses relations et ses a£Euii* tés dans la magistrature ; c'était , aux yeux de Mau* repas, un avantage considérable ; car, ne voyant dans les finances qu'une guerre de chicane entre la cour et le parlement , pour lui , le plus habile contrôleur-général serait celui qui saurait le mieux se ménager des véhicules et des £M:ilités pour &ire passer les édits. Il s'était fiait lui-même un point capital d'acquérir la bienveillance des parlements, et il voulait qu'à son exemple un administrateur des finances eût avec eux cette souplesse qui , par des moyens doux, obtient ce que l'autorité commanderait à peine.
Fleuri, sous ce rapport, remplit assez bien sou attente. Il fit passer , sans aucun obstacle , pour cinquante millions d'impôts. Necker lui avait laissé deux cents millions de fonds dans les coffres du roi. C'en était plus qu'il n'en aurait fallu à un ministre habile et bien famé pour être dans l'aisance ; mais avec ces secours , Fleuri tomba dans la détresse , manque de ce crédit que l'estime publique n'accorde qu'à la bonne fcS.
3ix mois après la mort de Maurepas , Fleuri fut
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renvoyé ; et le soi , pour avùir au moins un honnête homme à la tê$e des finances , y appela d'Ormasson.
Malheureusement celui-ci n'avait que de la probité. Médiocre en tout le reste, étranger aux finances, dépourvu de moyens, assailli de nécessités, pressé par des gens en crédit , et réduit à l'alternar tive ou de se retirer , ou de se soutenir par d'indignes condescendances , il n'hésita point dans le choix , et, avec son intégrité, il aima mieux descendre du ministère que de s'y d^rader.
Un poste aus^i glissant, ^ où l'on ne faisait que des chiites, aurait dû, ce semble, effrayer l'am-^ bition des aspirants; elle n'en était que plus âpre; et, dans toutes les avenues de la faveur , il n'y avait pas un intrigant qui , avec < quelque l^ère teinture des affaires, ne crût pouvoir prétendre à remplacer celui qui venait de tomber.
Dans cette foule , un homme d'esprit et de talent se distinguait, c'était ^Galonné. Il avait pris, pour réussir, une manière d'autant plus singulière qu'elle était simple, Loin de dissimuler son ambition, il l'avait annoncée; et,^u lieu de l'austérité dont s'étaient armés quelques-uns de ses prédécesseujTS , il s'était, paré d'agrément , d'aménité , surtout de complaisance pour les femmes; il était connu d'elles pour ]p plus obligeant des hommes ; et , dans les confidences qu'il &isait dé ses vues à celles qui étaient en crédit, il n'est point d'espérances dont H ne fût prodigue pour se condJier
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leurs Toix. Aussi ne cessaient-elles de vanter ses lumières ^ son' habileté , son génie. Il n'était guère moins attrayant pour les hommes par une politesse aisée et naturelle qui marquait les distinctions, sans en rendre aucune offensante, et par un air de bie&veillaHce qui semblait être favorable à toutes lés ambitions. A chaque mutation nouvelle , c'était lui qu'appelaient toutes les voix des gens du monde. Enfin il fut nommé, et, en arrivant àTontâinebleau où était là cour, on eut dit qu'il tenait en main la corne d'abondance ; on l'accompagnait en triomphe ( 3 novembre 1783).
D'abord , se croyant à la sourco d'une richesse intarissable, sans calculer ni les besoins ni les dépenses qui l'attendaient; ivre de sa prospérité, dans laquelle il s'imaginait voir bientôt celle de l'État; dédaignant toute prévoyance, négligeant toute économie , comme indigne d'un roi puissant ; persuadé que le premier art d'un homine en place était l'art de plaire ; livrant à la faveur le soin de sa fortune , «t ne songeant qtfà se rendre agréable à Ceux qui se font craindre pour se faire acheter , il se vit. tout-à-coup environné de louange et de vaine gloire. On ne parlait que des glaces de son accueil et des charmes de son langage. Ce fut pour peindre son caractère qu'on emprunta des arts l'expression àe formes, élégantes; et V obligeance y ce mot nouveau, parut être inventé pour lui. Jamais, disait-on, le ministère des finsmces n'avait été rempli avec autant d'enjouement, d'aisance et de