‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 89 sur 165 · LIVRE XII. 2!il · texte numérisé non relu

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noblesse. La facilité de soii esprit dans Texpédîtion des affaires étonnait tout le monde, et la gaîté avec laquelle il traitait les plus sérieuses le faisait admirer comme un talent prodigieux. Ceux mêmes enfin qui osaient douter qu'il fut le meilleur des ministres, étaient forcés, de convenir qu'il en était le plus charmant. On publiait que son travail avec le roi n*étàit qu'un jeu , tapt sa légèreté y semait d'agrément ; rien d'épineux, rien de pénible, nul embarras pour le présent , nulle inquiétude pour l'avenir. Le roi était tranquille, et tout le monde était content, lorsqu'au bout de trois ans et quelques mois de ce brillant et riant minis-. tère, fut révélé le secret funeste de la ruine de l'État.

Ce fut alors que l'on vit dans Calonne des ressources et du courage. Après avoir inutilement épuisé toos les moyens de ranimer le crédit expirant , il vit que sa seule espérance était dans quelque coup d'éclat qui donnât aux édits l'aspect d'une i^estauration de la chose publique; et, pour les montrer revêtus âSxne wtorité imposante, il demanda au roi une assemblée de notables , où il exposerait la situation des finances, afin d'aviser avec elle aux xnoyens de remplir le vide, qu'il y avait trouvé , disait-il , et que la guerre, dans les deux, Indes avait dû augmenter encore.

Cette assemblée fût ouverte à Versailles le 22 février 1787. Le travail que Calonne y présenta était vaste et hardi , et peut-être méritait-il plus de faveur qu'if n'en obtint; car il touchait aux grands

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moyens d'accroître la somme de Timpôi, et en même temps de la rendre plus légère en la divisant. Mais les notables étaient du nombre de ceux qu'allaient frapper les nouvelles importions; et c'est à quoi, bien malheureusement pour eux et pour l'État, ils n'avaient jamais pu consentir. Des projets de Galonné , les uns furent jugés confus et captieux, d'autres pleins de difficultés qui les rendaient impraticables, d'autres enfin mauvais , quand même ils auraient pu s'eirécuter. Tel fut le r^ultat des observations des notables sur la partie de son travail qui avait subi leur examen , car il ne fut pas même discuté jusqu'au bout.

Sa base était l'impôt territorial en nature , dont l'avantage aurait été de suivre l'accroissement progressif des valeurs. Si cependant on l'avait trouvé trop difficile à percevoir, il en aurait changé le mode , pourvu qu'il eût été perçu également sur tous les biens-fonds. Mais on ne voulut pas même entrer en conciliation avec lui; et, pour le fond ainsi que pour la forme, les notables articulèrent que cet impôt était inadmissible, et en même temps déclarèrent que sur toute espèce d'impôt ils refusaient de délibérer, à moins qu'on ne mît sous leurs yeux des états détaillés de la recette et de la dépense , dans lesquels on pût voir comment s'était formé le dé/icit; que si, d'après l'examen des comptes , iine subvention nouvelle était indispensable, ils consentiraient que l'imposition en fût égale sur tous les biens.

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La réponse du roi fut telle qu'ils Pavaient prévue. Il leur fut défendu tfinsister sur eet examen ; mais l'éclaircissement que refusait Galonné , luimême il l'avait provoqué, en se faisant un procès avec Necker sur l'origine du déficit. Voici comment il s'était engagé dans ce défilé périlleux.

En 1787, à l'ouverture de l'assemblée, le déficit, de Faveu de Galonné, montait à cent quinze millions; et, comme il avait besoin de croire qu'une partie considérable de ce déficit existait avant lui , il le crut et il l'avança dans l'assemblée des notables.

Necker, averti que, dans cette assemblée. Galonné devait accuser d'infidélité tous les comptes rendus avant son ministère, lui écrivît qu'ayant donné Fattention la plus scrupuleuse au compte qu'il avait rendu en 1781 , il le tenait pour parfaitement juste; « et comme j'ai rassemblé, ajoutaitil , les pièces justificatives de tous les articles qui en étaient susceptibles, je me trouve heureusement en état de prêter à la vérité toute sa force. Je crois donc, monsieur, être en droit de vous demander, ou de n'akérer en aucune manière la confiance due à l'exactitude de ee eomptç , ou d'éclairer vos doutes en me les communiquant. »

Galonné, avec une promesse assez légère de ne point attaquer ce compte , éluda l'éclaircissement Necker insista, et, pour réponse à la lettre la plus pressante, il reçut un billet poliment ironique, avec un exemplaire du discours que Galonné ve-

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nait de proponcer dcms l'assemblée des. notables ^ et dans lequel il avait avancé qu'en 1781 il y avait un déficit considérable entre les revenus et les dépenses ordinaires. Necker en même temps fut instruit que , dans le grand comité des notables qui s'était tenu chez Monsieur, Galonné avait expressément dit que cette sommç était de cinquante-six millions.

Alors ce fut au roi que Necker se plaignit que, sans avoir voulu l'entendre, le contrôleur-général des finances se fut permis de l'accuser. « Sire, disaitil dans sa lettre, je serais l'homme du monde le plus digne de mépris, si une pareille inculpation avait le moindre fondement ; je dois la repousser au péril de mon repos et de mon bonheur ; et je viens supplier humblement votre majesté de vouloir bien permettre que je paraisse devant mon accusateur public, ou à l'assemblée dea notables, ou dans le grand comité de cette assemblée , et toujours en présence de votre majesté. » Cette lettre fut sans réponse ; mais Necker ne se crut pas obligé d'entendre ce silence du roi comme on voulait qu'il l'entendît, a Le roi , dit-il dans le mémoire qu'il publia, n'a pas jugé à propos d'adhérer à ma demande ; mais, pénétré de l'étendue de sa bonté et de sa justice, je me soumets avec confiance à l'obligation qui m'est imposée par l'honneur et la vérité. »

Dans ce mémoire, il convenait qu'en 1776 Clugny avait laissé dans les finances up vide de vingtquatre millions; il convenait aussi que, depuis la

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