‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 90 sur 165 · LIVRE XIU · texte numérisé non relu

LIVRE XIU

mort de Clugny, en octobre 1776, jusqu'au mois de mai 1781, époque où il s'était lui-mémè retiré des finances, l'accroissement des charges avait monté à q.uara^te-cinq millions ; mais en même temps il montrait comment il avait rempli ce vide, tant en économie qu'en bonifics^ons dans les revenus de rÉtat. C'était à discuter et à réfuter ces calculs que les notables prétendaient que Câlonne était obligé; et^ il. faut convenir que,, trop légèrement, il s'y était engagé lui-même. 4.

Necker avait rendu ses calculs les plus clairs qu'il était possible ; sa véracité reconnue y ajoutait encore un grand poids. Le livre qu'il venait de publier sur les finances avait fortifié sa réputation personnelle ; ses moeurs, ses talents, ses lumières , avaient dans l'opinion publique une consistance d'çstime qu'il n'aurait pas fallu essayer d'ébranler sans de forts et puissants moyens.

Necker fut exilé pour avoir osé se défendre. Ce fut encore un tort que se donna Calonne; il fallait ou l'entendre avant de l'attaquer, ou trouver juste et bon qu'il eût repoussé son attaque. Il lui imputait son mauvais succès dans l'assemblée desnotables ; mais il devait savoir que, dans cette assemblée, un ennemi bien plus réel travaillait à le ruiner.

Le roi avait de la répugnance à se détacher de Calonne : il goûtait son travail, il était persuadé de la bonté de ses projets; mais, prévoyant qu'ib seraient rebutés par le parlement commeils l'étaient par les notables , il se fit violence , et il le ren*

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Yoya. Il savait que Miroménil , le garde-des-sceaux, était rennemi de Galonné, et qu'il avait ^ de tout son pouvoir y contrarié ses opérations ; il le congédia en même temps que lui , comme en le lui sacrifiant (Galonné le 8 avril , Miroménil le 9). Fourqueux fut appelé au ministère des finances; les sceaux furent donnés au président de Lamoignon.

Il n'était pas possible que Fourqueux tint longtemps en place ; mais on l'avait inique au roi en attendant qu'on eût achevé de détruire ses préventions contre un homme qu'on voulait lui donner pour ministre de confiance , et dont on attendait le salut de l'État.

La situation de l'esprit du roi , en ce moment , est exprimée au naturel dans les détails que je vais transcrire.

ce Lorsque le roi me chargea de sa lettre pour M; de Fourqueux (dit le comte de Montmorin dans les notes qu'il m'a remises), je crus devoir lui représenter que je trouvais le fardeau des finances trop au-dessus des forces de ce bon magistrat. Le roi parut sentir que mes inquiétudes étaient fondées.-^ Mais qui donc prendre, me dit-il? — Je lui répondis qu'il m'était impossible de ne pas être étonné de cette question , tandis qu'il existait un homme qui réunissait sur lui les vœux de. tout le public ; que , dans tous les temps , il était nécessaire de ne pas contrarier l'opinion publique en choisissant un administrateur des finances; mais que, dans les circonstances critiques où il se trouvait,

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