LIVRE XIII
pensé plus tôt, s'écria*t-il, je ne l'aurais pas exilé; il faut le rappeler bien vite ; » et aussitôt ses émissaires furent mis en activité. (C'est du garderiessceaux que je tien6 ces détails.)
Lanloignon , membfe di> paiAement avant d'être garde-des-sceaux , avait fait connaître ses vues pour la réforme de nos lois 4 on le savait - occupé des moyens de simplifier la procédure et d'en diminuer les longueurs et les frais ; c'était , aux yeux de son ancien corps/ une espèce d'hostilité qui l'y faisait craindre et haïr. Brienne,* instruit de cette aversion du parlement pour le garde-dessceaux, imagina de lui en promettre le renvoi, s'il voulait se* rendre traitable. « Ma lettre de créance est partie, dit-il àLampignon^ après avoir écrit. — Quelle lettre , demanda Lamoignon ? -^ Celle , lui répondit Brienne , où j'ai promis votre disgrâce , si l'on ae met à la raison ; mais n'îen soyez pas moins tranquille. »
La lettre arrive à Troyes ; elle est communiquée, et une révolution soudaine 's'opère dans tous les esprits. On se persuade que l'exil , les coups d'autorité, le despotisme du ministre viennent de celui qui médite dèslong-temps la ruine de la magistrature, : a Brienne^ Iwré à lui-même ^aurait été plus m faible et plus timide; ce caractère de vigueur qv!on « lui voyait prendre et quitter à tout moment j n'était a pas le sien; il rempruntait de. Lamoignon.; c^ était « lui qi£ il fallait détruire-^ rien ne deuait coûter pour i< perdre Vennemi commun » Ce fut à cette condi'^
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tion que passa. Tédit des vingtièmes; car, pour ceux de Timpôt territorial et du timbre , il avait fallu que Brienne consentît à les retirer. Mais il comptait sur un emprunt considérable ; et c'était pour lui un triomphe que d'avoir abusé et ramené le parlement. Je ne dois pas omettre que , pour se donner plus de poids et de dignité dans sa négociation , il avait voulu engager le roi à le nommer premier ministre, et que Tissue de cette tentative, d'abord assez mal accueillie, fut d'être déclaré ministre principal.
Le parlement se rendit à Versailles ; tout parut réconcilié ; et Brienne, le même jour , dit au gardedes-sceaux : « J'ai bien fait , comme vous voyez ; et si je n'avais pas promis à ces gens-là votre disgrâce, nous courions risque , vous etmoi, de n'être pas long-temps ici. » Mais en croyant s'être joué du parlement , Brienne s'abusait lui-même.
Aux fermes de l'édit qu'on devait lui passer, il comptait que les deux vingtièmes seraient perçus exactement sur tous les biens-fonds , sans exception aucune , et dans la proportion de leurs revenus effectifs. Le parlement prétendit, au contraire, que cet édit ne devait rien changer à l'ancienne perception ; qu'il n'autorisait ni recherche , ni vérification nouvelle; et tous les parlements se liguèrent ensemble pour déclarer que , si on exerçait sur les biens une inquisition fiscale , ils s'y opposeraient hautement. Us étaient appuyés dans cette opposition par un parti considérable ; le clergé, la