‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 97 sur 165 · LIVRE XIII. a · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. a

noblesse, tou^ les gens en crédit faisaient cause commune avec la haute magistrature. Misérable avarice qui les a tous perdus! Ce fut là ce qui, tout'à-coup , lia ce parti redoutable des corps privilégiés contre le ministère ; et pour l'intimider, leur cri de guerre fut : les états-généraux.

Comme parmi les vices de l'esprit personnel se trouvent quelquefois les vertus de l'esprit public , il est possible que , dans le nombre des têtes exaltées dans le clergé et dans la noblesse, il y en eût quelques*unes à qui les vieux abus d'iine autorité déréglée fissent vouloir de bonne foi, comme un remède unique et nécessaire, la convocation des états- généraux; mais, à considérer la masse et l'ensemble des hommes, cet appel à la nation ne pouvait être qu'une menace feinte , ou quune résolution aveuglément passionnée. On devait bien savoir que , pour les corps privilégiés et les clas«» ses favorisées , le plus redoutable des tribimauz était celui du peuple; que, surchargé d'impôts, ce nç serait pas lui qui leur accorderait d'en être exempts plus que lui-^méme; et ces corps ayant tout à craindre de la discussion de leurs privilèges, il est peu vraisemblable qu'ils eussent mieux aimé les livrer aux débats d'une assemblée populaire , que d'en traiter avec un ministre -raisonnable et conciUant. Brienne , au lieu de faire sentir au parlement combien sa demande était hasardeuse , ne songea qu'à lui échapper , et fit proposer aux pro^ vinces de s'abonner pour les vingtièmes. Plusieurs

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y consentirent; d'autres, encouragées par la résistance des parlements , ne voulurent entendre à aucune composition.

Le combat s'engageait : les forjces jde réserve des parlements , les arrêts de défense allaient pa« raître et menaçaient de poursuivre comme exacteur et comme concussionnaire quiconque, dans l'imposition et la perception des vingtièmes, se conformerait aux édits; tout, allait être en feu d!une extrémité . du royaume à l'aujre , lorsque , tout-à-coup, affectant une autre espèce d'assurance, le ministre fit rendce un arjcét du conseil, par lequel le roi déclarait que le bon état de ses finances lui permettait de n'exiger , dans les vingtièmes , aucune nouvelle extensioflt. En même temps il fit rédiger un édit de soixante jnillions d'emprunt, à dix pour cwt de rente viagère, et 41 fut décidé que le roi en personne irait au parlement faire enregistrer cet édit.

Deux jours ayant la séance royale, le garde-dessceaux , s'étant rendu à Paris, .y reçut la visite ^d'un homme qu'un esprit turbulent et audacieux avait fait remarquer à la tête de la jeune magistrature, dont il s'était fait Torateur. C'était Duyal d'Éprémenil, conseiller aiix enquêtes. Il dit à Lamoignon qu'un emprunt de soixante millions ne remédierait à rien; qu'il fallait en ouvrir un de cinq cents millions , distribué en cinq annnées , employer ce temps et ces foqds à rétablir l'ordre dans les finances , et convoquer après les» états-généraux.

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