‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 99 sur 165 · LIVRE xm · texte numérisé non relu

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mai) le parlement assemblé, protesta dbatre toat ce qiii s'y ferait, avec promesse et sous le serment le plus saint de ne reprendre ses fonctions que dans le m4me lieu, et tout le corps ensemble y sans souffrir <^'aucun»de ses membres en jEat'CXt clu ni séparé. '

Dfîs qu'à Versailles on fut averti de la résolution etde l'engagement.quele parlement avait pris, et que d'Éprémehil en était le moteur , Brienne obtint du roi l'ordre pour arrêter cet homme, dangere|ix;et d'Éprémenil, au moment qu'on venait l'enlever chez lui , s'étant sauvé dans la grand'chantbre, qui était alors en séance , il y fut pris etr conduit prisonnier aux îles Sainte-Marguerite.

Le lit de justice qui , le 8 mai , fut tenu à Versailles, le fut le même joui* parles gouverneurs dea provinces dans tous les parlements du royaume; et les lois qu'on y promulgua , presque toutes con* formes aux vœux de la nation , y trouvèrent partout la même résistance.

L'administration de la justice mieux distribuée dans les provinces , les tribunaux moins éloignés , les appels moins fréquents , les grandes -causes réf servées aux cours supérieures, les moipdres terminées en moins de temps et à moins de frais , la ré<^ forme de l'ordonnance criminelle promise et déjà commencée, un mois de surséance accordé au coupable après sa sentence de mort , la torture abolie et la sellette supprimée , un dédommagement accordé par la loi à l'innocent qu'elle aiu^ait pouiy

suif i , l'obligalion imposée au juge , en îiiiligea»t la peine , de quaKfiep le délit ^ tout cela sentait désirable ; ie9 éfats^étiénux promis ayant le terme de cinq ans; la parole donnée du roi de les rendre périodiques ; toutes les lois bursales acceptées et consenties par la nation elle-même» et, pour la Mér^cation des autres jois, un tribunalexprès , où ne seraient jugées que les^ causes de forfahlire ; il n'y avait encore là rien qui , pour l^arenir , parût ckvoir être alarmant. Mais , d'un cdté , en àtteiidant b coarrocatiid» des états-génér^x , Yoû Toyait^ dsn» ks parlements , renverser la toute barrière qui jtssque*lJi pùts'apposer au despotisme dés ministres; de l'autre, cette cour pléntère, dont le nom seul aurait été une cause dé déÊiTeur , présentait une idée def tribunal oligarchique, d'autant plus redoutable qu'il serait revêtu de toute la force publique et de tout l'appareil des lois.

Ce tribunal , où siégeraient les offiefers de la couronne et les commandants des armées^ les pairs el les grands du royaume , des magistrats chmsis au gré du roi dana se& conseils , et cette grand'- (^lansbre du parlement , de tous temps fidèle et fiannâs«^ à Tauteriié souveraitie , paraissait devoir ékre un contre«{)oids tirop fort pour l'assemblée dât^ états.

Ainsi ^ dansi ce lit de justice , 'k nation ne vit qu'on despoCisone déguisé sous de spécieux avanùigeSw Le cours de la justice, suspendu âstm tout le r^aumief , y excitait un murmure universel ; et dans

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Paris cette milice pratidenne (la bazoche), qui élait dévouée au parlement ^ inoudait les cours du palais. La bougeoiaie était tranquille ; elle savait que , la querelle du parlement avec la cour venait d'un refus de souscrire à Tégale imposition des vingtiémes»sur tous les biens^ et ce refus ne la disposait pas à se liguer avec la dasse privilégiée^ Mai^ il y a dans Paris une masse de peuple qui , obse^ vaut d'un ceil envieux et chagrin les jouissances qui l'èavironnent , souffre impatiemment de n'avoit* en partage qm le travail et la pauvreté , et qui 9 dans l'^espérance vague de quelque changement heureux pour lui, s'empresse 'd'accourir au premier signal du désordre , et de se rallier au premier factieux qm lui promet ua sort plus doux^ Ce fut par cette multitude que fut fortifié k l'en^ tour du palais , en présence du parlement , le parti de ses défenseurs. La oMigistratofe se fit protéger par k populace ; et sous les yeux de la grande police forent impunément commtis tous les excès de la plus grossière lioenœ; pernicieux exemple 9 que l'oB n'a que trop imité i Ce fut donc par le parlement que fureirt d'abord provoquées l'insurrection et Ja révolte. La bonté du roi ne se lassa point d'é* pargner les v<»es de rigueur. Il fit poster des gardes aux avenues en psdais ; mais il leur fit prescrire de n'mnployer leurs armes qu'à xnetûre en sûreté la vie et le repos des citoyens. Ce. fiit ainsi que le tumulte Alt contenu et réprimésans violence» «Cependant, soît par rîoactioQ d'une police timide eit

a4S MÉMOIRES.

faible , soit par l'impulsion de ceux qui, en excitant le ' trouble , répondaient de Fimpunité^ les mouYements séditieux parmi le peuple de Paris allaient toujours croissant.

Dans les provinces , le despotisme des parle- ments , chacun dans son ressort, la sécurité dont jouissaient leurs membres dans les vexations qu'ils exerçaient sur leurs voisins, leur arrogance , leur orgueil , n'étaient pas faits pour rendre leur cause intéressante; mais par leurs relations et leurs intelligences dans ladasse privilégiée, ils formaient avec elle un parti nombreux et puissant. Le peuple même s'était laissé persuader que la causé des parlements* était la sienne. Il croyait en Bretagne qu'il s'agissait d'un imp6t sur les sallains ; où lui disait ailleurs qu'il était menacé de nouvelles concussions ; et les magistrats s'abaissaient jusqu'à répandre éux-mémes ces mensonges.

Brienne, au milieu de ces agitations , apprit que la noblesse de Bretagne envoyait douze députés pour dénoncer au roi l'iniquité de son lit de justice^ Aussitôt le ministre de la maison du roi, le baron de Breteuil , eut ordre de faire avancer la maréchaussée jusqu'à Senlis pour les y attendre et pour les. renvoyer. L'ordre fut mal exécuté ; le^ députés passèrent; mais à peine arrivés , ils fu)retit mis à la Bastille. Incontinent la noblesse bretonne , au lieu de douze députés , en envoya cinquante -quatre. Ceux-ci furent admis à l'audience du roi et les douze autres relâchés. Le baron de Breteuil, accusé

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