‹ Œuvres choisies de Marsollier. Précédées d'une notice sur sa vie et ses écrits par la Csse d'Hautpoul, sa nièceChapitre 173 sur 184 · LES NOUVEAUX J'AI VU · texte numérisé non relu

LES NOUVEAUX J'AI VU

Vois ces enfans ; qu'ils sont heureux!

Leur âme en cor naïve et pure , Ne leur offre dans la nature Que des êtres aussi purs qu'eux.

Le temps, qui nous ouvre les yeux, N'a point troublé leur jouissance , Et ce n'est qu'en devenant vieux Qu'on sent tout le prix de l'enfance.

Heureux qui depuis le berceau Pourrait prolonger sa chimère Jusques au bord de son tombeau:

C'est toujours trop tôt qu'on s'éclaire, Philosophe , qu'oses-tu faire ?

Eloigne de moi ton flambeau,

Pourquoi m'arracher ce bandeau , Quand mon erreur m'était si chère?

J'ai vu fuir cette douce erreur Aux éclairs de l'expérience; J'ai vu les soupçons , la terreur , Succéder à la confiance ; Cette image affligea mon cœur.

J'ai vu la fraude et l'avarice Régner sur les faibles mortels ; J'ai vu l'intrigue et l'injustice Au crime élever des autels.

J'ai vu des prélats sans décence , Des héros qui manquaient de cœur , D'honnêtes femmes sans pudeur, Et des vierges. . . sans innocence.

J'ai vu le riche sans pitié , Et le pauvre sans énergie ; D'ici bas l'amitié bannie , En vantant toujours l'amitié.

J'ai vu les serpens de l'envie Agiter leur dard imposteur ; Par le vil calomniateur La vertu plainte et poursuivie.

Oui , j'ai vu les médians obscurs Affecter de perfides larmes , Et sous des fleurs cacher leurs armes, Pour en rendre les coups plus surs.

DIVERSES. ^j

J'ai vu la France encor victime D'un préjugé vainqueur des lois, Et qui de la honte et du crime Ne laisse à l'homme que le choix.

Loin de ces êtres sanguinaires J'ai cru devoir pleurer et fuir ; Je ne puis encor les haïr , Tous cçs barbares sont mes frères.

Sachons dévorer ma douleur , Le crime orgueilleux s'en offense , Le sage soupire en silence , Et se console avec son cœur.

Et quand de ma triste patrie La vertu fuit avec effroi , Je vais te voir , mère chérie , Et je la retrouve chez toi.

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