‹ Œuvres choisies de Marsollier. Précédées d'une notice sur sa vie et ses écrits par la Csse d'Hautpoul, sa nièceChapitre 55 sur 184 · I.FRED · texte numérisé non relu

I.FRED

Mathildc , je vous jure...

MATHILDE

Encore des sermens... après tous ceux'que vous m'avez déjà faits!

ALFRED

Je les tiendrai.

MATHÏLDE , avec dépit.

En me fuyant ; en me livrant aux chagrins de l'absence , à toute la haine de votre oncle qui bientôt me calomniera près de vous pour nous désunir ; vous trompera par des récits infidèles. Non , non , je ne m'exposerai point à tant de malheurs! non, cent fois non. Oh! vous ne me connaissez pas encore... Je vous aime , je vous aimerai toujours; mais, je vais épouser le vieux, le maussade Dorimont ; je l'ai refusé, offensé; je l'abhorre ! mais je serai sa femme demain , ce soir, tout à l'heure, et je vais lui écrire à l'instant pour lui annoncer ma résolution. Partez, à présent, partez tout de suite, épargnez-moi seulement le chagrin des adieux, et les ménagemens d'une humiliante pitié. (Elle se jette sur an siège.)

ALFRED

Mathilde , de grâce !

MATHILDE

Laissez-moi.

ALFRED

Un mot.

MATHILDE

Je ne puis en entendre qu'un , et vous ne le direz pas.

ALFRED

Je le dirai.

MATHILDE

Est-il possible?

ALFRED , se jetant à ses genoux.

Oui , je ne puis résister à votre douleur , à ma tendresse , à vos larmes... Je reste.

Ne me trompez-vous pas , Alfred , ne vous trompez-vous pas vous-même ; laissez-moi plutôt , fuyez Mathilde , elle n'est peut-être pas digne du sacrifice qu'elle osait exiger de vous.

ALFRED

Non, je suis résolu, bien résolu...

MATHILDE

Et si vous alliez me reprocher un jour! Ah! mon ami , j'en serais inconsolable.

ALFRED

Rassurez-vous, Mathilde; mais pour éviter un pareil malheur , il n'est qu'un seul moyen.

MATHILDE , se levant avec vivacité'.

Lequel? je l'accepte.

ALFRED

Pressons notre mariage , quittons la France . allons retrouver mon père.

ia8 L'AMI CLERMONT,

MATHILDE

Vous avez raison, Alfred, nous lui consacrerons nos jours, nous embellirons les siens et nous serons encore heureux.

ALFRED, avec âme.

Heureux! Ah! oui, Mathilde, dites-moi bien que vous serez heureuse.

Et vous aussi , Alfred , entre votre père , votre femme , nos amis , car tout le monde nous aimera. J'ai toujours eu envie de faire un voyage sur mer ; un vaisseau , une tempête , des modes nouvelles, une coiffure à la créole, des négresses à qui je donne la liberté, c'est délicieux! Quand partons-nous , mon ami.

ALFRED

Je vais écrire au ministre.

MATHILDE , souriant.

Et sans regret? Ne me mentez-vous pas. Monsieur?

ALFRED

Non , Mathilde , je suis bien décidé.

MATHILDE, joyeuse.

Et moi bien contente , mon cher Alfred ; si je ne vous aimais pas déjà autant qu'il m'est possible , ce trait là m'aurait rendue folle de vous; allons, c'est dit , je ne veux plus jamais avoir de chagrin.

( Elle s'essuie les yeux. )

COMÉDIE. ne,

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