LES PRÉCÉDENS, BALZAC
BALZAC, s 'arrêtant.
Que vois-je , Mathilde, la trace de quelques larmes?
ALFRED, écrivant.
Mon cher ami, j'ai reçu des ordres pour rejoindre mon régiment ; ce départ afflige , désole ta sœur , et pour la rassurer je me suis décidé à quitter le service.
BALZAC , sérieux.
Allons donc , c'est impossible! et je n'en crois rien.
ALFRED
Je te jure pourtant... (il écrit.)
MATHILDE , avec amitié.
Mon bon , mon tendre frère ! si vous saviez tout ce que j'ai souffert !... et lui donc ! ( Riant. ) Mais c'est que nous avons eu une querelle terrible ; c'était la première , ( Regardant Alfred.) nous n'en aurons plus jamais , ( A Balzac.) j'ai bien pleuré ; mais à présent je suis ravie, transportée!... au comble du bonheur; nous allons nous marier, et puis nous partons... pour bien loin... les Indes, je crois !.. Là , nous irons soigner , consoler son vieux père... Ce motif excuse tout. Ainsi donc , si vous avez... (Tendrement.) Si tu as quelque chose à dire contre ce projet , ( Elle le caresse. ) tu es prié très instamment de
t3o i/ami cleiwiont,
garder pour toi tes sages réflexions, nous ne voulons pas les savoir.
( Balzac salue très froidement. ) KLFRKD, un peu piqué.
C'est répondre !
MATHILDE , tendrement.
Et vous , Alfred , je ne puis craindre que vous changiez de dessein ; vous m'avez rendu la vie , et vous ne voudriez pas reprendre votre bienfait. Balzac , vous aimez votre sœur , et vous devez désirer qu'elle soit heureuse. (Gaiement. ) Ainsi donc , nous voilà tous trois du même avis ; je vais in habiller : une robe charmante! un amour! Vous la verrez!... Nous irons au spectacle. Adieu, mon bon ami. Que je suis heureuse !... mon dieu que je suis heureuse ! ( Elle sort. )