‹ Œuvres choisies de Marsollier. Précédées d'une notice sur sa vie et ses écrits par la Csse d'Hautpoul, sa nièceChapitre 57 sur 184 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

ALFPxED , BALZAC

ALFRED

Tu n'approuves pas ma conduite ?

BALZAC

C est selon... Elle peut être très blâmable... ou très prudente.

ALFRED

Ceci est une énigme...

BALZAC

Que je vais t'expliquer. . Très blâmable... si une femme , quelle qu'elle soit ( ma sœur même) , t'entraînait dans une démarche dont tu te repen-

COMÉDIE. i3i

tirais le reste de ta vie... très prudente... si , par ménagement pour un être faible , sensible , que tu aimes, et que tu veux épouser... tu avais paru céder un instant à ses désirs... mais bien décidé dans le fond de ton cœur... à ne jamais faire que ce que ton devoir peut te prescrire...

ALFRED , quittant le bureau.

11 y aurait alors de la fausseté...

BALZAC, riant.

On abuse l'enfant que Ion veut guérir, et ce n'est pas être faux î Alfred , ne trompe jamais ta maîtresse que pour lui épargner un repentir , et à toi une mauvaise action , et je te réponds que les femmes mêmes te regarderont comme un très honnête homme.

ALFRED , en écrivant.

Et si celle que tu aimes, voulant te retenir, s'afflige, prie, verse des larmes?...

BALZAC , gaiement.

Je pleure avec elle ; je maudis un devoir cruel , impérieux ; je tombe à ses pieds , je jure de ne jamais la quitter... et je pars le lendemain.

ALFRED

C'est affreux! Et comment peu {-elle pardonner ?

BALZAC

Mais on revient , mon cher, on raconte ses dangers, ses succès; on se réconcilie, le roman recommence , chacun reprend son rôle , jusqu'à la première occasion.

i32 L'AMI GLERMONT,

VLFRED.

Ton système peut être excellent ; mais ce n'est pas le mien... et , d'après cela, voilà ma lettre pour le ministre.

B \LZ VC , riant.

Que tu ne lui enverras pas...

ALFRED

Pourquoi? qui pourrait m'en empêcher?

BALZAC, riant.

Moi , d'abord... si tu voulais me croire, ensuite l'opinion de ceux qui te connaissent.

ALFRED , très anime.

Que m'importe , si je quitte la France?

BALZAC, riant.

Mon ami , l'opinion nous suit partout ; c'est comme la conscience : on ne peut jamais la fuir; et puis, les propos qu'on pourra se permettre.

ALFRED , s'animant de plus en plus.

Je ne les souffrirai pas.

BALZAC

On ne les entend pas toujours.

ALFRKD.

Alors, il doit m'ètre bien égal...

BALZAC

Jamais... de les avoir mérités.

AFRED , avec, un sourire force.

Balzac , tu sais que je n'aime pas les leçons.

BALZAC , sérieusement.

Alfred , tu dois savoir que je n'en donne... ni

n'en reçois. (Reprenant sou caractère Rai.) Mais quelle fo-

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lie, moi qui m'avise de traiter la chose sérieusement. ( Avec affection. ) Allons , conviens-en, tu as voulu m'éprouver , et moi , qui ne m'en suis pas aperçu ; j'ai pu croire un instant qu'un brave militaire , que mon cher Alfred... Pardonne, mon ami , pardonne ; moque-toi toi-même de moi , je t'en donne l'exemple. Touche là, et ne revenons jamais sur ce triste sujet.

ALFRED, sérieux.

Non , n'y revenons jamais, car je sens... Mais voici le caissier de mon père ; ne parlons pas devant lui.

BALZAC, riant.

Très volontiers , et le tout par modestie ; car je suis sûr qu'il dirait que c'est moi qui ai raison.

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