SCÈNE VI
les précédens , ALFRED , BALZAC.
^Ils arrivent se tenant embrassés. Balzac a une main enveloppé» d'un taffetas noir.)
MATHILDE
Dieu ! mon frère est blessé !
l4G i:\MI CLÈRMONT,
BALZAC , riant.
Ce n'est rien , ma bonne sœur , et notre ami est plus malade que moi.
ALFRED , triste , ému , embrasse Balzac
Oh ! oui. . . je ne me pardonnerai jamais. . .
BALZAC , riant.
C'est une folie ! Tu as cru me donner une leçon! c'est toi qui l'a reçue! Tu t'accuses, je te console ! tu t'en repens, je t'embrasse , et nous n'en sommes que meilleurs amis.
Oh! pour la vie!... Profitant de mon indiscrète fureur, tu aurais pu vingt fois me percer le sein.
BALZAC
Je m'en serais bien gardé ; je serais mort après de douleur et de regret.
ALFRED , le serrant contre son cœur.
Mon cher Balzac!
MATHILDE
Mon bon frère !
M. DE NERVAN.
Intéressant jeune homme !
( Tous le serrent dans leurs bras.) BALZAC , ému.
Mais, c'est charmant!... oui, ma foi! ce coup d'épée là , est une bonne fortune de l'amitié. Et puis, nous ne nous quitterons jamais ; etvousaussi, mon brave, reste/ près de nous. A nous trois, tenez , nous n'avons pas une tète, et nous aurions
besoin d'un bon père qui nous tînt, là, un peu ferme.
MATHILDE
D'un guide sûr, éclairé.
ALFRED
D'un ami vrai.
Soyez-le , mon cher Clermont , au nom de l'affection que vous nous inspirez à tous, (On l'entoure, on le caresse. ) et quand le véritable reviendra, il n'y aura rien de changé dans la maison , ce ne sera qu'un ami de plus, et le père que la nature a donné ne sera pas moins bon que celui que le cœur
a choisi. ( Ils l'embrassent. )
M. DE NERVAN , souriant.
Mes enfans, vous arrangez cela à merveille ; mais j'ai appris... je sais positivement que... Permettez , il faut que je parle seul à M. Alfred.
MATHILDE , bas à M. de Nervan.
Au moins , ne lui dites rien qui l'afflige.
M. DE NERVAN.
Je le voudrais.
MATHILDE
Si vous ne pouvez faire autrement , appelez-moi bien vite pour que je partage sa douleur, et que j'essaye de l'adoucir. ( Haut. ) Viens , mon frère.
BALZAC
Je te suis. ( Bas à M. de Nervan. ) Ses créanciers , peut-être... J'ai encore la petite légitime d'un ca-
i48 t:a>ii clermont,
det de Bretagne, elle est au service de mon ami. Surtout, discrétion!
( Mathililc et Balzac sortent.)