M. DE N EU VAN
Ne lavez-vous pas mérité ?
ALFRED
Si du moins, mon père, an lieu de m'écraser par ce funeste écrit , était venu me tendre une main secourable! consoler son malheureux fils!...
M. DE NERVAN.
Ah! peut-être vous eussiez bientôt recommencé, vous l'avez dit vous-même.
ALFRED
Clermont, peux-tu croire... (Pleurant.) Non, s il était venu, c'eût été un dieu bienfaisant...
M. DE NER VAN , pleurant aussi.
Eh ! quoi !... si votre père , moins prompt à écouter sa colère...
ALFRED
Sa présence seule eut suspendu mes douleurs.
M. DE NERVAN.
S'il était arrivé pauvre, mais indulgent.
COMEDIE. i5i
ALFRED
C'est alors que j'aurais travaille pour soulager sa vieillesse , je n'aurais vécu que pour lui : je lui aurais sacrifié tout, jusqu'à mon amour pour Mathilde.
M. DE NERVAN.
Jusqu à votre amour?
ALFRED
Je l'aurais essayé du moins, et par mes efforts, mes sacrifices , je l'aurais forcé à me chérir.
M. DE NERVAN.
Ah ! ne me trompez pas! si votre père était encore en France , s'il venait à Paris , s'il se préséntait à vos yeux?
ALFRED
Repentant et soumis, j'oserais à peine le regarder.
M. DE NERVAN.
S'il s'approchait de vous sans colère... s'il vous tendait les bras?
ALFRED
Confondu de tant de bontés, je tomberais à ses pieds.
M. DE NERVAN.
Eh! tombes-y donc, malheureux, et finis le supplice de ton père!
( Il tombe sur un fauteuil. ) ALFRED, se jetant à genoux.
Vous, mon père!...
M. DE NERVAN.
T'en faut-il d'autre preuve que l'état où je suis! On n'afflige pas impunément ce qu'on aime.
i52 L'AMI CLERMONT,
ALFRED , le couvrant de caresses.
Mon père!... c'est vous!... Ah! c'est vous, pardon ! pardon ! vous me rendez votre tendresse.
M. DE NERVAN.
Je fais plus encore ; je te rends l'honneur! Voilà ta lettre au ministre.
ALFRED
v\h ! mon ange tutélaire! mon sauveur! (Avei respect. ) Mon père.