‹ Œuvres choisies de Marsollier. Précédées d'une notice sur sa vie et ses écrits par la Csse d'Hautpoul, sa nièceChapitre 95 sur 184 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LES PBÉCÉDENS, CELICOUB.

CÉLICOUR.

Agathe, c'est donc vous ! quel moment enchanteur ! Vous ne concevez pas les tourmens de l'absence. . . Loin de vous, je n'avais , pour consoler mon cœur,

Que le charme de l'espérance, Et tous les jours , du temps j'accusais la lenteur !

COMÉDIE. 22j

Je me sentais mourir d'amour , d'impatience : Je vous vois, et déjà je chéris l'existence : Ce n'est qu' auprès de vous que je crois au bonheur . Vous ne répondez rien?

AGATHE

J'écoule.

CELICOUB.

Un tel silence , Quand je peins mon amour, mes transports, mes regrets, Doit me faire trembler.

AGATHE

Quoi! si peu d'assurance!

Jeune, amant et poète!... On n'y croira jamais!...

CÉLICOUR.

Mais ce ton singulier...

AGATHE , malignement.

C'est le mien.

CÉLICOUR, étonné.

C'est le vôtre?

AGATHE

Aujourd'hui celui-là... demain, peut-être un autre.

CÉLICOUR.

Ah!... celui de demain!

LISETTE , à CéHcour.

On connaît son humeur:

Lagaîté, la malice... au fond, un très bon cœur'

CÉLICOUR , à Agathe.

Je crois au cœur.

AGATHE

Fort bien.

CÉLICOUR.

Je souffre la malice...

AGATHE

Encor mieux !

CELICOUR.

Mais au moins , ]>our prix du sacrifice , Puis-je enfin espérer qu'à la voix des amours?...

AGATHE

Je ne vous promets rien ; mais espérez toujours. Mon oncle vous altend avec impatience.

CÉLICOUR.

Votre oncle ? ah ! c'est vous seule; oui , le ciel m'est témoin.

AGATHE

Mais vous venez pour lui ?

CÉLICOUR.

Sans doute, et j'aurai soin De tout observer pour lui plaire.

Mais je sens bien que pour y parvenir , Pour connaître ses goûts, son cœur, son caractère. Il faudrait avec moi daigner vous réunir.

AGATHE, finement.

En province, c'est donc l'usage?

Quand on veut plaire à l'oncle, on va le raconter A la nièce!... elle , alors sensible à ce langage ,

Tout bonnement consent à s'y prêter!

Cette méthode est assez sage.

Lorsqu'on connaît mon cœur, peut-on rien redouter ?

AGATHE , riant, cl avec bonté".

Mais qui le connaît bien ?

CÉLICOTTR.

Vous, j'ose m'en flatter.

LISETTE

Tenez, Monsieur, moi, je vais vous instruire. Fintac est un bon homme, et l'eût toujours été, Si de lâches flatteurs , à force de lui dire Qu'il avait des talens, de la capacité, Ne l'eussent convaincu qu'il devait se connaître A tout. Aussi , dès que l'on voit paraître

Quelqu'ouvrage triste ou plaisant, On assemble aussitôt le tribunal savant. Chacun voudrait juger ; Fintac décide en maître ;

Il a ce droit pour son argent.

On tient ici bureau d'adresse

D'originaux de toute espèce ,

Qui prétendent que l'univers

A leurs disputes s'intéresse ,

Ou sache par cœur tous leurs vers.

Nous avons aussi des artistes

A qui nous donnons des avis,

Fort bien reçus , fort mal suivis.

Nous avons été les amis

Des Glukistes, des Piccinistes, Écrit pour eux, contre eux; tantôt oui, tantôt non ;

Fatigué tous les journalistes, Et le public surtout , qui par fois a raison.

De dépit, nous fûmes chimistes;

Nous brûlâmes bien du charbon ;

Nous aurions brûlé la maison ! . . .

Mais la bonté du ciel nous fit naturalistes ,

Physiciens , anatomistes :

Nous disséquions déjà fort bien; Mais laissant le scalpel à des mains plus hardies, Nous allions devenir disciples de Galien , Lorsqu 'enfin, par bonheur, nous ne fumes plus rien,

( Montrant Agathe.)

Plus rien , que jeunes et jolies!

AGATHE

[1 est vrai, Célicour, et j'en conviens aussi :

Il faut quelque temps, pour se faire A l'espèce de gens que Ton remarque ici. Par exemple, un l'Exergue , assommant antiquaire,

Viendra chez mon oncle aujourd'hui.

C'est sur le nombre des années , Que les choses par lui peuvent être estimées. Il veut dans une femme un air d'antiquité. De mes attraits sachez qu'il a l'âme frappée ,

Parce que j'ai tout un côté

De l'impératrice Popée.

LISETTE

Ses habits, ses propos, sa sotte vanité ;

Tout est chez lui d'un ridicule extrême.

L'on ne croira jamais qu'au siècle dix-huitième, Un pareil homme ait existé.

célicour.

Sans doute, Agathe est la déesse Qui préside à tous leurs travaux?

AGATHE

Je n'ose prononcer deux mots.

Comme un enfant, dans un coin on me laisse.

Quelquefois, par grâce on m'admet :

Alors, si par hasard je risque une saillie ,

On se regarde , on se re'crie :

« L'entendez-vous? elle promet.

» Allons ; courage , ma petite !

» Vivre avec des gens de mérite , » Forme le cœur ; monsieur Fintac Ta dit. » Se trompe-t-il jamais?... «Monsieur Fintac sourit,

Feint de rougir, et remercie.

On admire sa modestie ,

Dont chacun se moque en dessous...

Car ces petits messieurs ont tous

Un peu d'esprit , beaucoup d'envie.

( Avec un sérieux ironique.)

Et c'est pourtant ce que chez nous ,

On appelle une académie !...

Ne me trahissez pas.

célicour.

Agathe, pensez-vous?

LISETTE

Voici quelqu'un.

AGATHE

C'est mon oncle.

LISETTE

lui-même.

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