ACTE I, SCENE III
M. DU NOIR, à Toix basse.
Mais écoutez, on fera en leur faveur une petite réparation. Vous entendez bien qu'on ne laissera pas subsister ce vitrage entr'ouvert : on y mettra de bons carreaux ; on calfeutrera les portes ; tout ceci prendra un autre air.
FJÉLIX.
Et pourquoi ne l'avez-vous pas déjà fait ?
M. DU NOIR, àToixbasse.
Et comment vouliez -vous que je dépensasse un sou ? Ceci a toujours été loué à vil prix par de la canaille qu'il faut à chaque terme forcer de payer ou chasser.
FELIX
Ne m'avez- vous pas dit que c'était un tisserand?
M. DO NOIR
Oui , je ne sais trop ; un ouvrier de cette espèce... Je vais lui faire vider le plancher tout de suite, parce que si vous ne voyez pas à pouvoir loger ici vos levrettes, je vous céderai la chambre de mes clercs, et je les ferai monter plus haut.
FÉLIX
Comment, plus haut ! Vous vous moquez; vous les logerez donc sur les toits ?
M. DU NOIR
Bon, bon, les voilà bien à plaindre! J'en ai essuyé bien d'autres... Je change d'avis. Non, je les ferai descendre ici.
3* Série, tome XXXVI. a
i8 L'INDIGENT.
FELIX, arrêtant la vue iur Charlotte.
Mais cette petite a un air de fraîcheur; elle me paraît jeune et jolie.
M. DU NOIR
Et grandement pauvre... C'est la misère en personne.
FJÉLlX.
On le devine ; mais on ne le dirait pas à son premier abord, surtout à son air de propreté Cette
misère-là me plairait assez Appartient-elle à quel-
qu'uii ?
M. DU NOIR
Ce tisserand l'appelle sa sœur... C'est un faux nom peut-être; mais peu m'importe, s'ils me payaient...
FÉLIX
Plus je la considère, plus elle me semble intéressante.
M. DU NOIR
Vous êtes bien bon... On a aujourd'hui tant de filles comme elle dans le besoin.... On ne rencontre que cela.
FELIX, faisant Tavantageux .
Il est bien vrai... Ma foi, je suis las d'en protéger. Vous avez vu cette petite Mimi? quel tour elle a joué à notre maître ! La rusée ! nous l'avions retirée d'un état pitoyable; après cela, mêlez -vous encore d'obliger !
M. DU NOIR
Pour moi, je n'ai jamais été dupe, jamais de ma