ACTE I, SCÈNE III
vie, entendez-vous. Je me suis toujours tenu le cœur bien dur, afin de ne point faire d'ingrat.
FÉLIX, riant.
Bonne recette !... Il faut pourtant que je l'aborde et que je lui parle. (11 s'approche de Charlotte.) Belle enfant, parlez-nous donc un peu; levez cette tête charmante ; comme vous travaillez!... Votre ouvrage presse-t-il si fort?
CHARLOTTE, modestemeat.
Oui , monsieur, dans nos métiers tous les momens sont comptés. Il n'y en a point à perdre si l'on veut vivre.
FÉLIX
Mais vous devez avoir bien froid... Comment! sans feu!
M. DU NOIR
Oh ! c'est là ma première condition. Je ne souffre point de feu à ces gens-là ; avec leurs cendres chaudes, je tremble toujours pour ma maison.
FÉLIX
Ils ne meurent pas de froid?
M. DU NOIR
Bon, bon, l'habitude...
FÉLIX
Ma foi, votre serviteur; je ne fais que d'entrer et je suis déjà gelé... Petite, il faudra venir vous chauffer à notre office; nous entrerons en connaissance; et suivant les choses, qui sait si peut-être je ne vous
ferai pas faire votre chemin.... comme j'ai fait à tant d'autres...
M. DU NOIR 9 a^ec emphase.
Savez-vous bien que si vous aviez le bonheur d être considérée de monsieur, vous n'auriez plus rien à désirer, et que...
FÉLIX
Oh! je ne m'engage point : nous verrons, nous verrons; elle est jolie, en vérité, jolie, mais pas grande parleuse. A-t-elle toujours la tête ainsi baissée? Estelle vraiment ce qu'elle paraît être ?
M. DU NOIR
Tout ce que je sais, c'est qu'elle est de camp^ne et loin d'ici.
FÉLIX
De campagne? tant mieux; mais où ira-t-elle loger si vous la mettez dehors ? Ayez soin de la faire jaser, car je gèle ici. (plus haut.) Qu'elle vienne dans notre salle, il y a bon feu , nous causerons là plus à notre aise.
M. DU NOIR
Entendez-vous que monsieur veut bien vous permettre de venir vous chauffer à l'oflSce ?
CHARLOTTE
Je ne quitte jamais la chambre qu'accompagnée de mon frère, et mon ouvrage me retient ici jusqu'à ce qu'il revienne. Je vous remercie bien , monsieur.
M. DU NOIR
Quelle petite sotte! Elle voudrait se faire prier, je pense, (a pan à Félix.) Laissez-la, laissez-la, vous êtes