FILS
M. DELOMER.
C'est donc vous qui voulez me parler, cher papa? Et qu'est-ce que vous me voulez donc avec tout cet attirail ?
Si vous m'avez estimé, monsieur, je vous demande pour faveur une demi-heure d'audience : tout à l'heure je vous expliquerai les motifs de la liberté que j'ai prise , et vous ne la désapprouverez point.
DOMIJNTIQUE FILS, à Toreille de son père.
Parlez-lui de toute autre chose.
M. DELOMER.
Dominique, j'aime à voir votre père dans cet habit de travail. Il lui donne un air utile qui ne déplaît point à la vue; son âge semble plus respectable, ses travaux entretiennent la sérénité de son âme... et moi, vous me voyez le cœur serré de tristesse et de douleur.
DOMINIQUE FILS, à voix basse.
Auriez-vous reçu encore d'autres nouvelles? Je passerai dans votre cabinet : mon père ne vous veut rien d'assez pressé, et nous avons affaire.
i8o LA BROUETTE DU VINAIGRIER.
M. DELOMER.
Je ne dois pas me méfier de votre père. Est-ce que vous ne lui avez point fait part?...
DOMIiriQUE FILS.
Moi, monsieur! divulguer vos secrets sans votre aveu!
M. DELOMER.
Je VOUS en estime davantage : vous auriez pu cependant les lui révéler sans m'offenser... je puis parler devant lui du nouveau coup qui vient de me frapper; il ne m'est pas moins cruel que l'autre. ( Élevant u voix.) Hélas! je vous ai annoncé ce matin le mariage de ma fille avec M. JuUefort : j'avais cet établissement à cœur. Eh bien ! cet homme qui me semblait vraiment épris de sa personne, et désirer sincèrement mon alliance; cet homme est un cœur intéressé, vil, comme il y en a tant. ( a Dominique fiu. ) Dominique , il nous délaisse; il s'est retiré avec une froideur insultante, et je viens de recevoir une lettre où il a la lâcheté de me faire des reproches...
DOMINIQUE PÈRE, riant.
Vous ne vous serez pas accordés sur la dot.. Oh! je devine cela... Par ma foi, ces épouseurs là sont à la mode. Ils vous marchandent impitoyablement une fille à son propre père. Vous avez bien fait de tenir bon. Croyez que vous ne perdez rien; car ces sortes de gens là sont toujours de mauvais maris. Pour moi, j'en ai un à vous proposer, qui certainement vaudra mieux que ce M. Jullefort. (a son fils.) Oh! tu