‹ Œuvres choisies de MercierChapitre 143 sur 272 · ACTE I, SCENE VIII. a · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VIII. a

MULSON.

Je soutiens, moi, le contraire. Il a été marié deux fois, il est veuf depuis dix-huit mois, n'a point d'enfans, et jouit d'une fortune immense.

MADAME DORTIGNI, se levant.

Prenez garde à ce que vous dites , M. Mulson , prenez garde... Une fortune immense et point d'enfans!

MULSON.

Oui , madame , point d'enfans , et une fortune immense. Je l'ai vu , il y a trois ans , pendant quatre mois, à la Guadeloupe; et je vous réponds qu'il m'a reconnu. Mais il a baissé les yeux, et je ne sais pourquoi, comme pour ne pas me reconnaître...

MADAME DORTIGNI.

Oh! nous y sommes. Vous ne savez pas pourquoi?... Eh bien! je vais vous le dire; c'est que cet homme riche de vos libéralités venait, à la lettre, de nous demander des secours.

MULSON.

Il a pu vous demander des secours pour se divertir; mais il est plus riche à lui seul, que vous et tous vos voisins.

DORTIGNI.

Faut-il vous dissuader entièrement? car cela m'impatiente à la fin. Apprenez que cet homme est un mien cousin, que Dieu confonde, et qu'il me tombe sur les bras, arrivant en effet de l'Amérique, après vingt ans d'absence.

MDLSON.

C'est votre cousin? Eh bien! il venait pour vous éprouver.

MADAME DORTIGNI.

Nous éprouver?

MULSON.

C'est dans son caractère... Dans sa vie il a fait vingt tours de cette espèce, et tous plus plaisans les uns que lés autres.

MADAME DORTIGWI.

Je sens un trouble, une inquiétude... Oh! combien vous m'effrayez , M. Mulson !

MULSON.

Je vous assure, madame, sur mon honneur, que votre cousin est le négociant de la Guadeloupe qui jouit du plus grand crédit. J'ai négocié de son papier... Papier doré, ma foi !

MADAME DORTIGNI.

Serait-il possible? Ah! je frissonne.... Vous l'avez vu à la Guadeloupe ! Il y avait donc changé de nom?

MULSOir.

Il s'y nommait Dourville; mais que fait le nom, quand la personne est la même ?

DORTIGNI.

Je le croyais mort depuis vingt ans.... Et revenir dans cet état !

^ MULSOIf.

Il est d'un caractère enjoué, prompt, vif, aimant à

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