ACTE II, SCÈNE III. aSy
VAWGLENNE.
Je suis, après votre frère, votre plus proche parent.
Votre père, dont je conserve un si tendre, un si
respectueux souvenir, était le frère unique de ma
mère.
MAlDAMë milville.
Ah ! monsieur, ma joie égale ma surprise... Oui , vous fûtes toujours cher à mon père, et il connaissait bien les hommes... Je remercie le ciel de vous avoir amené ici. Mais quel événement vous a fait quitter le séjour de l'Amérique, que vous aviez choisi de préférence, et habité si long-temps? Venez- vous vous fixer à Paris? Pardonnez à l'intérêt que vous m'inspirez la question que je vous fais.
Je vous dois, madame, un tableau fidèle de ma vie passée, puisque, je ne vous le déguise pas, je viens solliciter votre pitié.
MADAME MILVILLE.
Ma pitié, monsieur? Ce qu'on fait pour ses parens est un devoir.
VANGLENNE.
Vous l'avez déjà appris, madame; j'eus une jeunesse fougueuse et même inconsidérée. Orphelin dès l'enfance, et sous la tutelle de votre père, il me prodigua des conseils que j'écoutai mal, et dont je profitai peu. Voulant enfin réparer mes folies, je m'embarquai pour l'Amérique. D'abord simple commis dans une habitation , votre très honoré père répondit à toutes
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mes lettres avec bonté. Il mourut. Quel père! quel ami ! quelle perte pour moi ! Je suivis le commerce pendant plusieurs anniées, et l'on parut m'oublier en Europe.
MADAME MILVILLE.
Vous n'écrivîtes donc point à mon frère ?
VANGLENNE.
Pardon nez-rmoi; mais huit à dix lettres au moins demeurèrent sans réponse. Je cessai, de mon côté , d'écrire. On sema comme on voulut le bruit de ma mort ; on me peignit sous les couleurs les plus étranges. Je me rendis utile au commerçant dont je dirigeais l'habitatign, et il m'accorda en peu de temps toute sa confiÉince. 11 avait une fille à laquelle je ne déplus point; je l'obtins en mariage. Le père enchanté de cette union , et qui n'avait point d'enfans mâles, ne m'imposa d'autres conditions que de quitter mon nom pour porter le sien. La mort m'enleva mon beau-père et mon épouse presque dans la même année. Je restai quelque temps veuf, et je me remariai à une personne qui mé fit connaître l'amour , et m'inspira la tendresse la plus vraie. Au bout de quatorze ans d'une union
heureuse, plaignez-moi, je la perdis C'est là une
blessure profonde, et que le temps ne guérit point.
MADAME MILVILLE.
O mon cousin ! ce sont là des coups qui déchirent et accablent.
VANGLENNE.
Le chagrin que j'en ressentis me rendit la vie in-