‹ Œuvres choisies de MercierChapitre 156 sur 272 · SCENE VIL · texte numérisé non relu

SCENE VIL

MADAME MILVILLE, VANGLENNE,

assis.

MADAME MILVILLE, insistant.

Prenez , cher cousin.

VANGLEJVWE.

Vous vous privez en ma faveur de ce qui vous serait absolument nécessaire. (Madame MavîUe lui met le double louis dans la main.) Je UC Sais si jC dois aCCCptCr..

MADAME MILVILLE.

Gardez, gardez, vous dis-je. (En essuyant une larme.) Je

suis trop heureuse de pouvoir en disposer ainsi ^.

VANGLEl^riiE.

Vous pleurez, ma tendre et généreuse parente.!...

Jbjt moi.. An ! (Il soupire , il pleure; il s*écrie , en baisant le louis d'or.)

Cette pièce m'est précieuse!... Je la garderai toute ma vie.

MADAME MILVILLE, à part.

Toute sa vie ! Que dit-il ?

VAITGLENNE, sanglotant.

Oui... tQute ma vie. Mais, mais, mais... (Baisant la main

I. Bien n'est plus touchant, nous en convenons, que ce trait de bonté de madame Milville; mais on pourrait peut-être objecter quMle n'a pas cherché assez à s'assurer de l'identité de Vauglenne. Avec une générosité pareille , si expansive et si promptement manifiestée , on poun^ait être sou vent dupe. Passe pour le déjeuner , mais le double louis eut exigé quelques informations; il fallait éviter que madame Milvilte parût aussi crédule qu'elle est bonne.

i66 L'HABITANT DE LA GUADELOUPE.

de Madame MiMUe.) Pardonnez , chère cousine... Je ne puis plus soutenir l'émotion. (Se levant.)

MADAME MILVILLE, interdite.

Pourquoi ces trop vives démonstrations pour un bienfait si léger ?

VANGLENITE, avec le cri de rame.

Léger! Ah! pardonnez-moi d'avoir mis h l'épreuve un cœur tel que le vôtre !

MADAME MILVILLE, se levant.

Je ne vous comprends pas...

VAWGLENNE.

Quelle bonté noble etcompatissante!... Allez, vous avez semé dans mon cœur un bienfait qui doit y vivre

éternellement, y fructifier J'ai reçu votre don

(Il tire un portefeuille.) Recevez le mien... Je l'exige. Voici pour vous et pour vos enfans. Je ne suis point un indigent, je suis un millionnaire; mais je n'ai point endurci mon cœur, non, il ne l'est pas. Je pleure de joie et de tendresse, en songeant à l'avenir qui s'ouvi'e pour nous.

MADAME MILVILLE.

Je demeure interdite , étonnée.

VANGLENNE.

Soyez mon héritière.

MADAME MILVILLE.

Moi?

VATfGLENNE.

Eh! quel autre remplirait mes vues? La Providence m'a comblé de biens; j'ai cru devoir en faire un digne

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