ACTE II, SCÈNE VIL
usage. J'ai conçu, en Amérique, l'idée que j'exécute aujourd'hui. Elle consistait à venir aux yeux des miens sous cet habit modeste, et, dans la véritable posture d'un indigent, à sonder en cet état les caractères. Le naturel percera, me disais-je, dans cette première apparition inattendue, et je ne ferai part de ma fortune qu'à celui qui s'en montrera le plus digne par la noblesse et la sensibilité; car je n'estime pour vrais paréns que ceux dont l'âme sait compatir aux maux des infortunés. Je l'ai donc trouvé ce cœur généreux et sensible, que je cherchais! Je fais avec lui le partage des biens que le ciel m'a accordés, et je rejette à jamais mon indigne cousin.
MA.DAME MILVILLE.
Ah! ne le rejetez point. Il a été gâté par les faux principes qu'on puise dans le monde; mais il peut revenir.
VAWGLEIiNE.
Eh! comment êtes -vous du même sang? Je ne vous ai pas tout dit , chère cousine. Non , il n'a pas tenu à lui que je n'aie souffert le dernier terme de l'humiliation et de l'opprobre. Il m'a fallu d'abord entrer chez lui comme par surprise. J'ai tout fait pour l'émouvoir; j'ai supplié; je me suis mis tout entier à la place de l'homme souffrant; j'avais son ton, sa voix, son accent; il doit être toujours sacré, quand il gémit et qu'il soupire. Qu'ai-je obtenu? Des refus inhumains, des défaites, du mépris, de bas mensonges. La morgue, l'insolence, la froideur in-
sultante caractérisaient ses moindres expressions : il avait la parole brutale d'un homme riche qui outrage celui qui ne l'est pas. Sa femme, plus hautaine encore , me toisait d'un œil dédaigneux, plus dure, plus insolente dans sa plate arrogance. Je leur aurais peutêtre pardonné; mais ce que je ne leur pardonnerai de ma vie , c'est leur dureté envers vous. Comment ! un frère, du milieu de l'abondance, aura pu voir sa sœur vertueuse manquer du nécessaire avec ses enfans ! il. n'a donc ni sentimens, ni entrailles, ni honneur !
MADAME MILVILLE.
Je ne lui demandais rieq.
VAWGLENWE.
Vous le jugiez donc bien insensible, cousine? C'est sa condamnation qui vient de sortir de votre bouche...
MADAME MILVILLE.
Ail! croyez que je ne l'accuse point; non, non
YJL'NGJu'EN'NEj avec enthousiasme.
Amour aux bons, inimitié aux méchans, à tous ces cœurs endurcis qui n'existent que pour eux !
MADAME MILVILLE.
Oubliez, oubliez plutôt les écarts de la vanité , avec cette supériorité qui vous caractérise.
VAIVGLENNE.
On oublierait bientôt la vertu , si l'on 'perdait sa juste indignation contre le vice. Allons, ma chère cousine , vous êtes dès ce moment ma trésorière. Je vais vous charger d'un emploi , qui plaira sûrement à