ACTE II, SCENE IV. SSy
PIRLON.
A son âge! elle a fait mieux, elle l'a trouvé.
LA BEJART, vivement.
Hé ! quel est-il ?
PIRLON.
C'est Molière !
LA BEJART.
Molière! ( a part.) Ah! traître!
PlllLON.
Ce n'est pas tout.
LA BEJART.
Que dites-vous? Vous me faites frémir, M. Pirlon.
PIRLON.
Elle sera à lui , ce soir même.
LA BEJART.
Cela ne se peut pas sans mon consentement.... il est indispensable.
PIRLON.
Il vous l'enlève ce soir après la comédie; une chaise de poste les attend tous deux; ils partiront pour se rendre à Lille. Là, ils séduiront Sa Majesté, qui, comme vous le savez, a un faible étonnant pour cet homme là... Voilà pourquoi ils ont une égale impatience de donner la pièce aujourd'hui.
LA BEJART.
Ah, M. Pirlon! que de grâces j'ai à vous rendre! je me suis toujours si bien trouvée de vos conseils! mais ce dernier avis est au dessus de tout. Soyez bien persuadé que ni moi, ni ma fille ne toucherons ce
soir les planches du théâtre ^ Je l'enferme sous cette clef, et si Molière veut divertir le public, il en fera seul tous les frais.
PIRLON.
Adieu, madame; si Molière me rencontrait, il serait furieux de se voir démasqué ; il devinerait mon zèle; je me retire. Remerciez le ciel de ce que j'ai toujours eu les yeux ouverts sur vos intérêts *.
( Il sort. )
LA BÉJART
Le perfide! et je pourrais conserver de l'amitié pour lui! Il faut que je m'en sépare, que j'abandonne son théâtre... Cruelle enfant!... Holà, La Forest!... La Fo-
rest!... ( Elle crie avec emportement. ) La ForCSt!