BIOGRAPHIE XXI
Enfin, sur les instances de ses amis, il se décida à publier XEpilhalame d'Antoine de Bourbon et de Jeanne de Navarre, qui fut imprimé en 1349. Peu après parut l'Hymne de France, qu'il supprima depuis, puis VOdede la Paix (looO).
C'était l'annonce des Odes. Il les tenait renfermées avec soin dans son estude, c'est-à-dire dans son cabinet, quand un jour il s'aperçut de leur disparition. Sa colère fut grande : Du Bella}-, qui les avait soustraites pour les livrer aux presses de l'imprimeur, ne put calmer le courroux de son ami, qu'en ■ lui offrant le sacrifice des Odes qu'il avait composées à son intention. Ronsard lut ces vers, en fut enchanté et engagea Du Bellay à continuer. Les poésies de Du Bellay parurent sous le titre de Recueil de poésies présenté à Madame Marguerite, sœur uniqup du Roy, tandis que celles de Ronsard retinrent le nom à^Odes, qui parurent ainsi : Les quatn' premiers livres des Odes, de P. de Ronsard, ensemble son Bocage, Paris, C. Cavellart, tSoO, in-8».
C'était une grave révolution littéraire qui éclatait; l'année précédente (1549), la publication de la Deffencc et illustration de la langue françoise par Du Bellay en avait été comme le prélude; le livre de Ronsard vint montrer ce que l'on voulait substituer à l'état de choses ancien. Les disciples de Marot, ou ceux du moins qui prétendaient à ce titre, car personne ne s'eu est guère montré digne, se déchaînèrent avec fureur contre la nouvelle école. Melin de Saint-Gelais qui cependant avait été ménagé par Ronsard, se mit à la tête de la coterie. Avec Héroet, La Borderie, Paul Augier, Charles Fontaine surtout, il commença une guerre d'épigrammes contre ces pindariseurs qui voulaient renverser lapoésie naïve et parfois spirituelle du règne de François P'. Rabelais se mit de leur côté*. Mais le docte l'Hospital, qui était alors chancelier de madame Marguerite, sœur de Henri II, prit en main la cause
1 . Côté. — Ronsard allait souvent à Meudon chez le cardinal de Lorraine et logeait dans une tour au milieu du parc; le joyeux curé le rencontrait quelquefois et ne manquait jamais, en présence du cardinal, de lui d(?cocher quelque sarcasme. Cette guerre n'eut un terme qu'à la mort du grand railleur. (P. Bl.^