XXII BIOGRAPHIE
des novateurs, et alla même jusqu'à composer, sous le nom de Ronsard, une satire latine dont Sainte-Beuve donne quelques passages dans sa Notice (voir p. xvi). Quelques hommes modérés essayèrent de finir une querelle qui séparait des poètes faits pour s'estimer. Guillaume des Autels surtout, ami des deux rivaux, se distingua dans ce rôle honorable de conciliateur; il les exhorta en Tune de ses pièces à faire la paix, comme autrefois Apollon et Mercure. Grâce à cette entremise officieuse, au bon esprit des deux adversaires, la paix ne tarda pas ù se conclure. Melin adressa à Ronsard un sonnet flatteur, qui fut inséré par le jeune poète en tête de la deuxième édition de ses Amours, en 15o3, comme un gage public de réconciliation. D'ailleurs, Ronsard pouvait facilement se consoler de ces attaques : ses Odes eurent un succès d'enthousiasme à la cour et dans le monde lettié. Ce qui l'engagea à publier le premier livre de ses Amours en 1552*. Il était dès lors le poète à la mode, le poète en vogue chez les gens qui lisaient, et bientôt son nom retentit partout. 1*endant que Jodelle, un de ses disciples les plus chers et les plus fervents, remportait le prix de tragédie-, l'Académie des Jeux florau.r de Toulouse envoyait à noire jeune poète, sans qu'il ait concouru, une Minerve d'argent massif d'un grand prix que Ronsard, habile courtisan, offrit à Henri II. Pour remercier l'Académie de Clémence Isaure, il lui adressa VHymne de l'Hercule chrétien, qu'il dédia à Odet, cardinal de Chastillon, alors archevêque de Toulouse. « Pierre Lescot, architecte du Louvre, sculpte en bas-relièf sur un des frontons, la Renommée en face de la Gloire avec cette inscription : Virtuti régis invictissimi, et, selon le récit de Claude Binet, répond à Henri II, qui lui demandait l'explication de cette allégorie : « Sire, j'ai représenté, vis-à-vis de la Gloire
1. 1552. — Les Jmouj^s de P. de Ronsard, Vandomois, ensemble le cinquiesme de ses Odes, Paris, V" Maurice de Laporte, lb52, in-8.
2. Tragédie. — Jodelle avait fait représenter sa Cléopâtre, devant le roi Henri II ; la tragédie avait été applaudie, et la Brigade alla fêter ce succès à Arcueil. Pendant qu'on festoyait, un bouc vint à passer. Les souvenirs classiques s'éveillent. Le bouc était la victime que l'antiquité offrait à Bacchus; c'était aussi le prix de la tragédie. On s'empare de l'animal, on le couronne de lierre et, aux rires de l'assemblée, on le fait entrer dans la salle du festin ; puis après l'avoir présenté à Jodelle, on le renvoie à son troupeau. (P. Bl.)De là la légende du bouc immolé à Bacchus, c'est de l'époque du festin d'.^rcueil que datent les Gayetez.