‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 9 sur 462 · BIOGRAPHIE XIX · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE XIX

poésie, en compagnie de ses amis q,ui devaient former la PJ^iade. Au retour d'un voyage qu'il fit en 1349, à Poitiers, il renœnlra un jeune gentilhomme angevin, qui allait être un de ses adeptes les plus enthousiastes, Joachim du Bellay ^

On cause; tous deux se reconnaissent, non seulement parents, mais aussi frères en poésie, et, arrivés à Paris, ils ne veulent plus se quitter; un pacte a été conclu; on s'était juré en rpute^ de travailler ensemble à la réforme littéraire. Joachim du Bellay vint donc augmenter la colonie poétique du faubourg Saint-Marcel, et renforcer cette réunion, qui se nommait alors Brigade et allait devenir la Pléiade célèbre. Voici ce qu'en dit Cl. Binet : « Ronsard aima mieux et estima sur tous, tant pour la grande doctrine et pour avoir le mieux escrit, que pour l'amitié à laquelle l'excellence de son sçavoir les avoit obligez, Jean-Antoine de Baïf, Joachim du Bellay, Ponlus de Tyard, Estienne Jodelle, Remy Belleau, qu'il appeloit le peintre de nature, la compagnie desquels avec luy et Dorât, à Timilation des sept excellens poètes grecs qui florissoient presque d'un mesme temps, il appela la Pléiade, parce qu'ils esloient les premiers et plus excellents par la diligence desquels la poésie françoise estoit inontée au comble de tout honneur. Il mettoit aussi en ceste honorable rang Estienne Pasquier, Olivier de Magny, J. de la Peruse, Amadis Jamin, qu'il avoit nourry page et fait instruire, Robert Garnier, poëte tragique, Florent Ghreslien, Scevole de Saincte-Marthe, Jean Passerai et Philippes Des-Portes. D. J. Perron, et le poly Bertaud, lesquels ont si purement escrit qu'ils me font désespérer de voir jamais nostre langue en plus haute perfection. Il faisoit encore estât de quelques autres dont le jugement est en ses œuvres. Il avoit une liberté de juger des escrits de ceux de son temps, joincte à une candeur éloignée de toute jalousie (aussi estoit-il par dessus elle), ne retenant les louanges de ceux auxquels elles estoient raisonnablement deues... Quant au jugement de ses ouvrages, il le laissoit

1. Du Bellay. — Victime des suucis et de l'étude,- Du Bellay mourut dapoplexie à 35 ans (1560). Il était chanoine de Paris, et allait être nommé archevêque de Bordeaux. Né en Anjou (fin de 1524), il y avait passé son enfance et sa première jeunesse; son éducation avait été très négligée, et il nous dit lui-même qu'il ne se livra que fort tard aux lettres. Il a traduit plusieurs poésies des anciens, entre autres : le 4* et le 6« livre de ï Enéide; il est surtout célèbre par la publication de : la Deffence et illustration de la langue françoise (1549).

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librement k un chacun, et deferoit à celuy des doctes, h exposant en public à la façon d'Apelle, à fin d'entendre 1 jupempnt et l'orrest d'un chacun. » (Cl. Binet.)

Il y avait sept ans que Ronsard étudiait, travaillait, composait, et il n'avait encore rien publié. Le premier livre des Amours, quatre livres d'Orfes pindariques et anacréontiques étaient prêts avoir le jour; à peine ses amis connaissaient-ils quelques-unes de ses œuvres. Le Plutus, qui avait été joué avec tant de succès au collège de Coqueret n'avait pas étt imprimé '.

« Du Bellay, le dernier venu et le plus impatient de tous a beau sonner le premier la charge et, par son Illustration l (a langue françoise ^, commencer son attaque contre ceux qu'il appelle les soldats de l'ignorance, Ronsard se tait toujours. » (P. Blanchemain.)

<< Il laisse Pelletier publier avant lui ses Odes, et Jodelle se glorifier d'avoir le premier mis sur la scène la comédit grecque. Ni les suffrages du peuple qu'il méprise, ni les joiec de la lutte pour laquelle il se sent fait, et de la victoire qu'il se promet, ni le désir de prendre à la cour la place qui appartient au roi des poêles à côté du roi de France, ne le décident à mettre au jour ses œuvres, bien qu'elles soient parfaites, dignes non pas du lecteur, à qui personne avant lui n'a donné le droit d'être difficile, mais de lui-même et des modèles qu'il veut égaler. » (E. Gandar.)

« S'il est l'ami du Roi, son aîné de cinq ans,'iét avec qui il a été élevé, c'est seulement pour chevaucher, escrimer, lutter, jouer k la paume avec lui. » (P. Blanchemain.)

« Et de fait, dit Binet, le Roy ne faisoit partie où Ronsard ne fust appelé de son costé ; lesmoin que le Roy fit partie au balon dans le Pré aux Clercs avec M. de Longueville, où le Roy ne voulust jamais commencer le jeu qu'il n'y fust, et dit tout haut, après avoir gaigné, que Ronsard en estoit la cause. »

1. Imprimé. — Ce fut la première comédie françoise jouée en France. (Cl. Binet.)

2. Françoise. — Elle parut à Paris, chez Arnoul Langelier, 1549.

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