BIOGRAPHIE XXIII
du Roi, la muse de Ronsard ; et cette trompette qu'elle '( lient en main, c'est la Franciade, qui répandra par tout <•. l'univers le renom de la France et celui de Vostre Ma- » jesté. » (P. Blanchemain.)
Enfin le poète élait aimé et honoré du roi Henri II qui le traitait avec la plus grande familiarité, tandis que le savant chancelier de l'Hospital ne cessait de l'encourager à poursuivre son œuvre : en lo53, Ronsard publia le premier livre des Hijmnea qu'il dédia à Odél, cardinal de Chaslillon, et, en 15b6, le deuxième livre dédié à Marguerite, sœur unique du roi, duchesse de Berri.
Cette même année (1556), il abandonna Cassandre qui avait servi pendant dix ans de sujet à ses vers et avait dédaigné son amour. Il chanta alors Marie, une jeune fleur angevine de quinze ans, qu'il avait rencontrée prés de Bourgueil. Marie du Pin, ainsi s'appelait cette jeune fille, resta aussi inditférente que Cassandre aux vers du poète qui, après six ans de tentatives infructueuses, se tourna vers une autre, Genevre, jeune fille d'origine obscure. Les poésies adressées à Marie forment le second livre des Amours qui parut en loo6.
Enfin, en 1560, à la prière de Marie Stuart, femme du jeune roi François II, il donnu la première édition complète de ses œuvres, mais la malheureuse reine qui n'eut qu'un règne éphémère en France, ne put pas seulement voir la fin de cette publication. Charles IX, enfant, régnait déjà et Catherine de Médicis prenait la régence.
La nouvelle école était alors maîtresse au théâtre et dans tous les genres de poésie ; la gloire du chef élait immense et ne souffrait plus de contestation. Aussi Ronsard put-il continuer de paraître à la cour et y tenir un rang privilégié, d'autant plus qu'il avait été recommandé à la reine mère par Marfjuerite de France, duchesse de Savoie, et Charles IX « print nostre poète eu telle amitié, admirant l'excellence de son divin esprit, qu'il luy commanda de le suivre par tout et ne le point abandonner, luy faisant marquer logis en sa maison, tesmoin le voyage de Rayonne, à l'avant venue d'Elisabeth de France, royne d'Espaigne, où il le voulut avoir tousjours près de luy; tesmoin aussi le voyage de Meaux où le roy cuidaestrepris par les ennemis, lequel il assista jusques dans Paris. » (Cl. Binet).
En même temps Ronsard recevait du roi des pensions, des bénéfices, tels que l'abbaye de Bellozanne, celle de Beaulieu,
XXIV RIOGHAPHIE
celle de Croix- Val et plusieurs prieurés. Charles IX poussa même l'amitié jusqu'à lui rendre visite, accompagné de sa mère et de toute sa couv, dans son prieuré de Saint-Cosme.
Tant de faveurs donnaient de l'assurance et même de l'audace à Ronsard; aussi voulut-il prendre part aux luttes qui déchiraient alors le royaume et la religion : il prit parti pour la cour contre les protestants et si' mit à écrire des satires; il écrivit son Discours sur les misères du temps (Paris, G. Buon, 1563, in-4''), qui lui valut des remerciements publics de Charles IX, et une lettre de félicitation du pape Pie V.
Mais grande fut la colère dans le camp huguenot! on répliqua. Les pamphlets et les injures tombèrent drus sur notre poète. Les disciples de Calvin, Florent Chrestien, Grevin qui autrefois avait été l'ami de Ronsard, le ministre La Roche- Chaudieu publièrent, sous les pseudonymes de F. de la Baronie, A. Zamariel, et B.de Mont-Dieu, entre autres : le Temple de Ronsard, la Métamorphose de Ronsard.
Ils lui reprochèrent de mener, comme prêtre, un vie licencieuse, d'être athée et d'avoir, au village d'Arcueil, sacrifié un bouc en l'honneur des Jodelle*, etc.
Ronsard répondit de façon à confondre ses calomniateurs : il vivait des bénéfices qui lui avaient été donnés; quant à sa vie, elle est honorable; il la décrit dans sa Réponse à quelque ministre (voir plus loin, page 400).
« Ronsard a-t-il été prêtre? De Thou parait trancher la question ; il donne à son ami je ne sais quelle cure d'Évuillé et l'autorité de De Thou serait décisive, si celle de Ronsard ne l'était davantage encore. On lit au deuxième livre des Poèmes, dans une épitie au cardinal de Châtillon, les vers suivants, qui sembleraient d'abord confirmer le témoignage de De Thou :
Dès le commcDcement que je fus donné Page Pour user la plusparl de la fleur de mon âge Au royaume Ês:ossois dç vagues emmuré:
Qui m'eust en m'embarquaut sur la poupe, juré, Que, changeant mon espée aux armes bien apprise, J'eusse pris le bonnet des pasteurs de l'Eglise, Je ne l'eusse pas creu : et me l'eust dit Phœbus, J'eusse dit son trépied et kiy n'estre qu'abus :